Une adolescente qui porte un lourd secret. Un drame qui secoue toute une communauté. Et des gens qui se réfugient dans le déni pour sauver les apparences. Voilà la trame du film Les nôtres. Rencontre avec les actrices Émilie Bierre, Judith Baribeau (aussi coscénariste) et Marianne Farley (aussi productrice), sans compter la réalisatrice, Jeanne Leblanc.

Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

« Au quotidien, tout le monde est un peu en mode survie », lance Marianne Farley, productrice du film Les nôtres, dans lequel elle joue aussi le rôle de la mère d’une adolescente qui porte un lourd secret. « On essaie tous de garder la tête hors de l’eau. »

Surtout dans la petite ville fictive de Saint-Adeline. On l’évoque dans le film sans trop l’expliquer, mais Saint-Adeline se remet d’un effondrement tragique où est mort le père de Magalie, qui était un grand ami du maire.

La communauté tissée serrée n’est pas prête à vivre un autre drame. « La communauté s’est relevée de peine et de misère. Tout le monde veut que les choses restent comme elles le sont », indique Judith Baribeau, coscénariste du film, qui incarne aussi à l’écran la femme du maire. Derrière sa grande générosité, ce dernier, joué par Paul Doucet, a des choses à cacher.

« Tous les personnages sont imparfaits et responsables du drame, souligne Marianne Farley. Il y a un déni communautaire. »

C’est Marianne Farley qui a conseillé à Judith Baribeau et Jeanne Leblanc d’écrire le scénario à quatre mains.

En gestation, pendant 10 ans, le film a eu plusieurs versions.

Il est resté l’histoire d’un clan, d’une fratrie… un lieu où il y a un sentiment d’appartenance à un groupe. Un groupe qui va se protéger dans le déni. […] Mais des gens qui ont tous un côté sombre et un côté lumineux.

Jeanne Leblanc, réalisatrice

Les codes du suspense

Dans sa réalisation, Jeanne Leblanc emprunte les codes du suspense. Le fait que les maisons des personnages principaux soient l’une en face de l’autre donne lieu à beaucoup de jeux de regards. « Il y a ce que tu vois, et ce que tu caches. »

Tous les habitants de Saint-Adeline se côtoient au quotidien sans vraiment se connaître. Ils ont beau avoir de grandes maisons et des terrains privés, ils s’observent les uns et les autres dans leurs rues typiques de banlieue. « Il y a cet esprit d’être à découvert dans le secret. Et de ne jamais savoir ce qu’il y a derrière les portes closes. »

« Quand j’étais jeune, mes parents avaient l’épicerie du village, à Saint-Alexis-de-Montcalm, raconte Jeanne Leblanc. C’était central. Je me souviens de notre voisine qui regardait par sa fenêtre avec des jumelles. Sa fenêtre donnait sur le stationnement. »

Un personnage du film est par ailleurs inspiré de cette voisine.

Un jeu intérieur

Émilie Bierre brille dans le rôle de l’adolescente qui porte un poids énorme sur ses frêles épaules.

PHOTO FOURNIE PAR MAISON 4 : 3

Émilie Bierre brille dans le rôle de l’adolescente qui porte un poids énorme sur ses frêles épaules.

C’est rare qu’on puisse lire le scénario au complet lors de la première audition. Il m’a complètement jetée à terre. Dans le choix des mots, dans le choix des scènes. Cela m’a touchée et troublée en même temps.

Émilie Bierre

« La solitude relie tous les personnages… La trahison aussi, détaille-t-elle. C’est une histoire qui peut arriver n’importe où. »

Comme son personnage dans le film Une colonie, pour lequel elle a remporté plusieurs prix, celui de Magalie est introverti. « Le jeu était intérieur dans les deux cas, mais je voulais vraiment distinguer les deux personnages. »

Magalie souffre en silence. « Chaque petit geste, chaque petit regard, c’est ce qui parle, dit Émilie Bierre. Avec Jeanne, nous allions vraiment dans les petits détails. Dans les dialogues comme avec la musique, Jeanne voulait présenter l’adolescence de la façon la plus vraie possible. »

Personnages féminins complexes

Pour les coscénaristes et la productrice, il était important de dépeindre des femmes dans leurs complexités. « Des personnages féminins nuancés loin des archétypes de l’hystérique, de la mère, de la folle… », fait valoir Judith Baribeau.

L’intrigue et le dénouement sont aussi « dans des zones grises », souligne Marianne Farley.

Elle salue le choix « audacieux » des Rendez-vous Québec Cinéma d’avoir présenté Les nôtres en film d’ouverture. « Le sujet est douloureux, mais il provoque des conversations. »

La finale n’est pas « réconfortante », renchérit Jeanne Leblanc.

« Ce qui est formidable avec ce film, c’est que les gens me disent qu’ils y pensent encore le lendemain après l’avoir vu », se réjouit la réalisatrice.

Les nôtres prend l’affiche le 13 mars.

Et après ?

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Marianne Farley

« Dès l’audition, j’avais l’impression d’être devant une actrice qui a 20 ans de métier », dit Marianne Farley quand elle vante le talent d’Émilie Bierre. En plus de terminer sa 4e secondaire, l’adolescente a un horaire d’actrice bien chargé. On la verra bientôt dans le film Le guide de la famille parfaite et dans la série Mon fils. Non seulement elle veut travailler à l’étranger, mais elle aimerait aussi écrire et réaliser. « Des choses se travaillent », se réjouit-elle. 

De son côté, Marianne Farley a réalisé un court métrage sur le droit à l’avortement – le week-end dernier ! – avec Karine Gonthier-Hyndman et Chantal Baril. En juillet, elle sera derrière la caméra pour un premier long métrage bilingue, Au nord d’Albany. Rappelons aussi que son court métrage Marguerite a été finaliste aux Oscars en 2019.