On le connaît comme alter ego du réalisateur Ricardo Trogi dans la série des films 1981, 1987 et 1991. Or, Jean-Carl Boucher, 26 ans, avait le goût de la réalisation depuis longtemps. Un peu à la manière de Boyhood, son premier long métrage a été tourné sur une période de sept ans. Sans argent des institutions et avec des amis proches. La Presse lui a parlé.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

Q. Quelle était votre intention avec ce projet ?

R. Je voulais faire un film entre amis et de façon très instinctive. Tant qu’à ne pas demander d’argent aux institutions, je me suis dit : « Explorons. » Nous avions un canevas de base autour duquel nous avons recueilli des images au fil du temps. Sans chercher à être réaliste, le film capte des moments de vérité et de sincérité chez de jeunes personnages vivant en banlieue. C’est inspiré de nos souvenirs, mais sans être dans l’hyper réalité. Nous désirions davantage exprimer une sensation, des impressions. Je voulais que les acteurs n’aient pas de limites dans le jeu.

Q. Justement, on sent que vous avez laissé un espace à l’improvisation. Est-ce le cas ?

R. Une bonne partie de l’histoire est écrite, mais je laissais les acteurs s’exprimer sur chaque début ou fin de scène. Nous avons longtemps parlé du scénario, et c’est dans nos discussions que nous établissions des limites. Les acteurs étaient tellement au courant de ma vision et de ma direction qu’ils savaient où s’arrêter. Ils connaissaient tellement bien leurs personnages qu’à certains moments, ils avaient l’air d’une gang d’impro. Au fond, je les considère comme les scénaristes fantômes du film.

Q. Dans sa vision d’ensemble, le sujet semble inspiré de votre travail avec Ricardo Trogi, n’est-ce pas ?

R. Ce serait étrange de dire non ! Notre collaboration a fait partie de ma vie. Nous n’aurions pas fait tous ces films sans nous intéresser aux mêmes thèmes. Cela dit, j’ai l’impression que ce que j’ai fait est beaucoup plus cru, plus trash. J’avais 19 ans quand j’ai commencé Flashwood. J’étais juste assez rebelle et juste assez subversif pour me dire : « Allons-y ! Soyons honnête et n’essayons pas d’être trop poli. »

PHOTO FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Didier Emmanuel, Simon Pigeon, Laurent-Christophe de Ruelle et Pier-Luc Funk dans Flashwood

Q. D’ailleurs, dans une scène, un jeune en position de faiblesse est attaqué. Cette scène est audacieuse et très crédible. Avez-vous eu peur de la faire ?

R. Dans un contexte où j’aurais présenté mon projet aux institutions, j’aurais eu peur de la faire. Mais sur le coup, ç’a été très instinctif, et je me suis dit que, bien jouée, elle avait le droit d’exister. Je la trouve vraie et pure. 

Q. Que signifie Flashwood ?

R. Mon film n’est nullement autobiographique, mais mes parents demeurent à Boisbriand, où je l’ai tourné. Or, une certaine jeunesse locale a donné le surnom de Flashwood à la ville [on en retrouve de nombreuses références sur le web]. Je trouvais ça cute et charmant. Je trouve que le mot va bien avec l’ambiance du film. En plus, j’aime bien les titres de films en un seul mot. C’est comme une prise de position. 

Q. Que représente cette étape de réalisation dans votre carrière ?

R. C’est un honneur de me compter dans la gang des réalisateurs, d’autant plus que j’ai toujours voulu réaliser. Plus jeune, mes idoles, c’était les réalisateurs. Lorsque j’allais au club vidéo, je ne cherchais pas des films « avec » tel ou tel comédien, mais des films « de » tel ou tel réalisateur. Parmi mes favoris, il y a Sofia Coppola [une scène de Flashwood rappelle l’affiche du film Somewhere], Tarantino, Scorsese, Maurice Pialat…

Au cinéma Cineplex Odeon Quartier latin ce mercredi (sur invitation), dans le cadre des Rendez-vous Québec Cinéma

En salle le 27 mars