À peine de retour de la Berlinale, où son plus récent film, My Salinger Year, a été présenté le soir de l’ouverture, Philippe Falardeau se rendra ce mardi à la Cinémathèque québécoise pour accompagner la présentation de La moitié gauche du frigo, son tout premier long métrage. 

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Les Rendez-vous Québec Cinéma ont en effet programmé cette comédie sociale à l’occasion du 20e anniversaire de sa sortie. Cette séance revêt un caractère événementiel à cause de son passage dans le temps, mais aussi parce que ce film se fait très rare. La moitié gauche du frigo reste à ce jour pratiquement introuvable. On ne le trouve plus sur support DVD et il est complètement absent des plateformes.

PHOTO RÉMI LEMÉE, ARCHIVES LA PRESSE

Philippe Falardeau en 2001

« Il est d’ailleurs assez ironique que le film ne soit toujours pas sur les plateformes 20 ans plus tard, car il s’agit probablement de l’un des premiers longs métrages québécois tournés en numérique ! a fait remarquer le cinéaste au cours d’un entretien accordé à La Presse. Il faut dire qu’il a changé de mains quelques fois sur le plan de la distribution. »

Mettant en vedette Stéphane Demers et Paul Ahmarani, La moitié gauche du frigo, qui a notamment obtenu le prix du meilleur premier long métrage canadien au festival de Toronto en 2000, relate le parcours d’un ingénieur au chômage dont la vie est filmée par son coloc. Ce dernier est persuadé de trouver là matière à un documentaire-choc.

À cette époque, le taux de chômage était très élevé et les jeunes ne parvenaient pas à obtenir un emploi, même bardés de diplômes, rappelle le cinéaste. Le contexte a beaucoup changé depuis – on parle maintenant de pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs régions du Québec –, mais je crois qu’au-delà de ça, il y avait une charge pour dénoncer la déconnexion entre les dirigeants et les jeunes.

Philippe Falardeau 

« Si je devais refaire Frigo aujourd’hui, l’histoire tournerait probablement autour d’un immigrant qui ne parvient pas à décrocher un emploi à la hauteur de ses compétences parce que le diplôme acquis dans son pays d’origine ne serait pas reconnu au Québec », continue le réalisateur.

Un sentiment de colère

Philippe Falardeau indique ainsi que la quête identitaire figurant dans son premier long métrage serait de même nature aujourd’hui. Elle traverse d’ailleurs tout son cinéma.

« J’étais animé d’un sentiment de colère sur le plan politique, mais il y avait le désir d’y faire écho de façon ludique. Je retrouve d’ailleurs cette colère en préparant Mégantic, la série documentaire sur laquelle je travaille en ce moment. »

La moitié gauche du frigo fait aussi écho au phénomène de la mondialisation, lequel s’est déployé en accéléré au cours des deux dernières décennies, toujours dans une optique « capitaliste et mercantile », selon le cinéaste.

Les réseaux sociaux ont profondément modifié la donne. L’aspect faux documentaire qu’on retrouve dans le film évoquait la société du spectacle, ainsi que le phénomène de la téléréalité, qui en était à ses balbutiements.

Philippe Falardeau 

« J’ai hâte de revoir le film pour constater ce qui est encore d’actualité, avec des éléments qui ont bien vieilli, et ce qui l’est maintenant moins. Le débat s’est en tout cas polarisé depuis 20 ans et on a aujourd’hui l’impression que la nuance n’a plus sa place. Frigo était un objet engagé en soi, qui dénonçait des choses liées au chômage, mais à la fin, l’objet politique qu’était ce long métrage se retournait contre lui-même. C’est probablement ce dont je suis resté le plus fier. Même si je penche moi-même à gauche, c’est clair quand on regarde ce film, on y trouvait les germes d’une autocritique. On a su faire preuve d’autodérision », explique-t-il.

Bilan positif de la Berlinale

Dix jours après la présentation de My Salinger Year à la Berlinale, qui a reçu des critiques généralement sévères de la part des journaux spécialisés anglo-saxons, Philippe Falardeau dresse par ailleurs un bilan relativement positif de son aventure berlinoise.

« Ç’a été un peu les montagnes russes, reconnaît-il. Mais là, la poussière retombe tranquillement. Malgré les trades [Variety, The Hollywood Reporter, Screen, etc.], les ventes se sont bien poursuivies. Deux jours après sa présentation, il a été acquis pour une diffusion sur plusieurs territoires internationaux, dont la France, la Turquie et les pays scandinaves. Les États-Unis sont un peu plus prudents – les distributeurs américains sont ceux que les journaux spécialisés influencent le plus –, mais notre bilan est positif sur le plan commercial. »

La moitié gauche du frigo, ce mardi, à 17 h 15 à la Cinémathèque québécoise.