Après Cuckoo, présenté au Festival TransAmériques (FTA) en 2019, Jaha Koo est retour ces jours-ci au Québec pour présenter un autre intéressant solo sur la quête d’identité, à la fois individuelle et collective.

Publié le 3 juin
Luc Boulanger
Luc Boulanger La Presse

L’artiste multidisciplinaire sud-coréen, basé en Belgique, est un véritable touche-à-tout. Il joue et signe la mise en scène, le texte, la musique, la vidéo et la conception sonore de ce spectacle qui fait partie d’une trilogie à la fois autobiographique et historique.

Dès l’entrée du public en salle, Koo est déjà sur la scène, assis au sol, en train de faire de l’origami. Le décor est minimaliste. Un des rares accessoires qui l’accompagne est un cuiseur à riz « intelligent », un objet qui lui sert de réplique au début de ce spectacle de 60 minutes.

Dans sa proposition, Koo se dresse en héritier d’une culture qui a amputé son art, ses traditions, pour mieux épouser les valeurs modernes de l’Occident. Ce n’est pas du théâtre documentaire — bien que la création nous plonge dans l’histoire de la Corée avec une bonne recherche et des images d’archives. C’est une odyssée formelle et impressionniste sur les traces de l’enfance de l’artiste, entre autres sur sa relation fondatrice avec sa grand-mère.

La pièce expose aussi les angles morts de l’Histoire de son pays, coincé entre deux géants : la Chine et le Japon. Elle déterre les ruines du passé pour interroger le présent. Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, « tout est devenu universel », déplore-t-il. Or, l’universalisme joue le jeu de la culture dominante, occidentale, anglo-saxonne ; le parallèle avec la culture québécoise nous vient à l’esprit.

Centenaire du théâtre occidental

La prémisse de The History… est les célébrations du centenaire du théâtre en Corée du Sud en 2008. Or, bien sûr, le théâtre existe depuis des millénaires, là-bas comme ailleurs ; ce que les dirigeants et l’élite culturelle coréenne soulignaient alors, c’est plutôt les 100 ans de la réforme forcée, voire la colonisation de leur pratique théâtrale. Une réforme orchestrée durant la guerre avec le Japon, une période où la Corée a connu une occidentalisation rapide de sa culture, son économie, son mode de vie. Au milieu du 20e siècle, les théâtres de Séoul produisaient surtout des pièces de Shakespeare, Molière et Tennessee Williams, allant même jusqu’à blanchir ses acteurs pour donner une touche européenne aux distributions !

La réussite de ce spectacle tient à l’esthétique et la sensibilité de Jaha Koo. Ce dernier parvient à imbriquer sa quête intime et personnelle à celle de sa nation. Il illustre entre autres la menace des « mauvais esprits » du progrès, par l’image d’un monstre, mi-dragon, mi-oiseau, qui veut effacer les souvenirs et la mémoire (sa grand-mère est atteinte d’Alzheimer).

Avec un talent épatant pour réinventer les formes au cours de la représentation, Jaha Koo dresse un pont entre la richesse des traditions culturelles orientales et l’utilisation de la technologie et de l’art contemporain pour nous ancrer dans le présent. Pour mieux nous faire réfléchir à notre avenir collectif.

Consultez le site internet du Festival TransAmérique

The History of Korean Western Theatre

De et avec Jaha Koo

Jusqu’au 5 juin au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, dans le cadre du FTA. Les 8 et 9 juin à la Salle Multi de Méduse à Québec, dans le cade du Carrefour international de théâtre., À noter, le Carrefour de théâtre à Québec présente aussi le spectacle Cuckoo les 10 et 11 juin.

½