Nmihtaqs Sqotewamqol/La cendre de ses os. Texte et mise en scène de Dave Jenniss. Avec Nicolas Gendron, Charles Bender, Marilyn Provost, Nicolas Desfossés et Roger Wylde. À la Petite Licorne, jusqu’au 12 novembre. 3,5 étoiles

Publié le 3 nov. 2021
Stéphanie Morin
Stéphanie Morin La Presse

La mort laisse souvent ceux qui restent derrière en perte de repères, comme des boussoles déréglées, incapables d’indiquer le nord… Le dramaturge et metteur en scène Dave Jenniss en a fait le constat lors de la mort de son père. Ce triste évènement lui a servi d’inspiration pour écrire Nmihtaqs Sqotewamqol/La cendre de ses os, pièce touchante où il est question de réconciliation, de quête originelle, mais aussi de guerre de clans et de pureté de sang.

D’origine wolastoqey (malécite), Dave Jenniss a souvent interrogé ses origines autochtones dans son travail. Avec cette pièce présentée dans l’intimité de la Petite Licorne, le directeur artistique des Productions Ondinnok livre ce qui pourrait bien être son texte le plus personnel.

Nmihtaqs Sqotewamqol/La cendre de ses os met en scène Martin Kaktanish (incarné avec sensibilité par Nicolas Gendron), qui retourne dans ses terres à la mort de son père Roland (Roger Wylde). Les retrouvailles avec son frère François (Charles Bender), devenu maire d’un village blanc qui jouxte le territoire wolastoqey, ne se feront pas sans heurts… Il retrouvera aussi son amoureuse de jadis, Sophie (Marilyn Provost), désormais en couple avec Sébastien Tienis (Nicolas Desfossés, détestable à souhait), qui a juré la perte du clan Kaktanish.

Pour Martin, la mort de son père, retrouvé sans vie sous un arbre, est l’occasion de renouer avec ses origines et de réparer le passé.

« Je dois revenir d’où je viens », dira-t-il dans la langue souvent poétique, mais jamais empesée, qui caractérise ce texte. Or, comment revenir à l’essence de soi quand on ne parle pas la langue de ses ancêtres et quand on est tiraillé entre deux cultures ?

Comment s’enraciner, en quelque sorte, quand son propre peuple n’a été reconnu comme nation par le gouvernement du Québec qu’en 1989 ? Longtemps, la Première Nation malécite de Viger, comme on appelait jadis les Wolastoqey, n’a pas eu de territoire où se rassembler. Tout cela laisse des marques, y compris dans les relations au sein même de la communauté.

La pièce s’attarde en effet sur la guerre de clans qui oppose les Tienis et les Kaktanish. Les raisons ne sont pas très claires, mais la haine semble viscérale, ce qui soulève plusieurs questions. Un Autochtone peut-il avoir le sang plus pur qu’un autre ? Qui peut se proclamer Wolastoqey — et revendiquer le territoire — quand les origines d’un peuple se perdent dans la brume des temps ? Toutes ces interrogations viennent nourrir le drame intérieur de Martin et font mieux comprendre la réalité de ceux qui, comme lui, ont besoin de regarder derrière pour mieux avancer.

Pour accompagner la quête intime de Martin, Dave Jenniss a fait appel à la musicienne Kyra Shaughnessy. Présente sur scène, elle ajoute avec ses chansons beaucoup de beauté à une pièce déjà chargée d’émotions. Et où chacun, autochtone ou non, trouvera du réconfort.