Marionnettiste, dramaturge, metteur en scène, comédien… Depuis sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, en 2001, Mathieu Gosselin n’a pas chômé et ne s’est pas traîné les pieds. Pourtant, il y a un projet que ce touche-à-tout avoué a toujours remis au lendemain : faire connaître sa poésie à un cercle plus élargi que celui de ses amis.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

« J’écris de la poésie depuis que j’ai 13-14 ans », lance celui que plusieurs ont découvert alors qu’il donnait la réplique à Christine Beaulieu dans la pièce J’aime Hydro. « Depuis 20 ans, je me dis que je devrais publier un recueil de mes poèmes. J’ai finalement décidé d’utiliser ce matériel pour écrire mon premier spectacle solo, un récital de poésie théâtrale. »

Mathieu Gosselin a pigé dans ses écrits anciens et récents pour signer Gros gars, prise de parole poétique et analogique, présenté du 12 avril au 7 mai dans la salle intime de La Licorne.

Sur scène, ses vers tantôt crus et décapants, tantôt tendres et enveloppants, sont entrecoupés de scènes plus théâtrales. « Ce n’est pas de la poésie qui est déclamée. C’est une poésie bien intégrée au réel, concrète. J’aime que les poèmes soient entendus. Il faut dire que j’ai beaucoup tripé plus jeune sur la poésie sociale des années 1960 au Québec : Gaston Miron, Roland Giguère, Gérald Godin…

« Mon écriture est très imagée. J’ai toujours puisé à la fois dans la langue magnifiée et dans le quotidien. C’est encore vrai ici », poursuit l’artiste qui a grandi à Saint-Athanase-d’Iberville, en banlieue de Saint-Jean-sur-Richelieu, dans une maison mobile plantée au milieu des champs de maïs.

Dans ses textes, l’auteur s’adresse souvent à son alter ego qu’il a baptisé Gros gars.

Gros gars, c’est celui qui est nostalgique de l’époque où il n’avait pas de responsabilités, où il pouvait manger n’importe quoi. C’est celui qui est attiré par le sofa et la vacuité, qui se tient loin de ce qu’il devrait faire. Je joue avec le fait que j’ai beaucoup procrastiné avant de publier ma poésie.

Mathieu Gosselin

Pour le comédien de 42 ans, qu’on a notamment vu dans la série C’est comme ça que je t’aime, la procrastination n’a pas que de mauvais côtés. « Il y a plusieurs choses qui peuvent naître de la procrastination. L’esprit est attiré par plein d’affaires qui peuvent servir d’inspiration pour d’autres projets. »

La longueur et la diversité du curriculum vitæ de Mathieu Gosselin ne laissent pas deviner qu’il peut être, selon ses propres mots, « un faible faiseux »… « Ça m’arrive de passer un mois entier dans le divan à jouer à des jeux vidéo, mais au fond, c’est surtout une vision que j’ai de moi-même, une posture mentale qui n’est pas forcément la réalité… »

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, LA PRESSE

Mathieu Gosselin a fait appel à sa bonne amie Sophie Cadieux pour l’épauler.

Pour l’aider à accoucher de ce projet poétique mille fois reporté, Mathieu Gosselin a fait appel à sa grande amie Sophie Cadieux pour lui servir de regard extérieur (et de bougie d’allumage !). La comédienne et metteuse en scène a dit oui sans hésiter.

« Je connais Mathieu depuis 23 ans et ce spectacle est l’aboutissement de tous les moments de ma vie où je l’ai vu écrire. Il a une plume unique ; je suis en admiration devant sa façon de dire le monde. C’est intéressant de sortir du récital de poésie classique pour faire un évènement qui ressemble à Mathieu, avec sa verve et sa théâtralité. Tout ce que Mathieu est se retrouve dans le spectacle. Mon travail est simplement de le mettre en valeur. »

Du 12 avril au 19 mai à La Licorne. Les représentations en semaine auront lieu à 17 h 30 (et non 19 h) en raison couvre-feu de 20 h.

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