Certaines pièces nous bouleversent, nous hantent longtemps. D’autres se contentent plutôt de nous divertir, ce qui est déjà énorme en ces temps sombres et incertains.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

L’amour est un dumpling, présentée sur les planches du théâtre Duceppe, fait partie de la seconde catégorie. Véritable bonbon effervescent, cette pièce signée Nathalie Doummar et Mathieu Quesnel (qui signe aussi la mise en scène) raconte l’histoire de Claudia et Marc, deux ex-amoureux qui se revoient après un long hiatus de sept ans. L’invitation a été lancée par Claudia (Nathalie Doummar), ce qui intrigue Marc (Simon Lacroix) au plus haut point…

Les retrouvailles se font dans un restaurant chinois sur lequel veille la propriétaire, irrésistible octogénaire interprétée par Zhimei Zhang, comédienne non professionnelle d’origine chinoise. C’est assis sur des coussins posés à même le sol que les deux musiciens qui ont naguère sillonné l’Asie main dans la main rattraperont le temps perdu, sous le regard des bonsaïs et du poisson dans son bocal. Même si leur vie a pris des chemins radicalement différents, une indéniable tendresse subsiste…

PHOTO DANNY TAILLON, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DUCEPPE

La présence bienveillante de la comédienne Zhimei Zhang ajoute une touche de réalisme.

Après un passage remarqué en formule 5 à 7 à La Licorne, en 2017, L’amour est un dumpling revient dans une mouture bonifiée chez Duceppe. Un déménagement fort réussi, notamment grâce aux superbes décors d’Odile Gamache, qui a su habiller l’immense scène de Duceppe pour en faire un écrin propice aux confidences. L’œuvre a conservé son énergie contagieuse, son rythme trépidant, son indéniable drôlerie.

Dans la bouche de Nathalie Doummar et de Simon Lacroix (dont on connaît le talent comique), les répliques fusent avec un naturel désarmant. Les dialogues seraient improvisés que la pièce ne serait pas plus vive et pétillante.

Il serait toutefois faux de croire que ce texte mené à vitesse grand V est dénué d’un questionnement sérieux. Les renoncements qui ponctuent la vie adulte, les rêves qu’on oblitère, le moule dans lequel on se glisse souvent contre son gré… Tout y est, sous la surface sucrée et givrée de la comédie. Pour ajouter au plaisir du spectateur et donner une touche mélancolique à l’ensemble, les répliques sont parfois entrecoupées de chansons, certaines originales, interprétées de belle façon par les deux comédiens.

PHOTO DANNY TAILLON, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DUCEPPE

Trois chansons originales, interprétées de belle façon par Nathalie Doummar (sur la photo) et Simon Lacroix, ont été composées pour L’amour est un dumpling.

Une captation de grande qualité

À noter : bien que présentée en salle, la pièce L’amour est un dumpling a aussi fait l’objet d’une captation vidéo réalisée par Stéphane Lapointe, offerte en vidéo sur demande par Duceppe. Tant mieux, puisque les billets pour les représentations se sont presque tous envolés (et que l’incertitude plane toujours sur un possible reconfinement à Montréal…).

Cette captation est sans conteste l’une des plus réussies de l’année théâtrale virtuelle. Le réalisateur (qui a notamment travaillé sur les séries Lâcher prise et Faits divers) varie les angles et les prises de vue, nous amenant au plus près des comédiens. Cette caméra subjective ajoute sans conteste à l’émotion, ce qui fait parfois défaut lorsque le théâtre passe des planches à l’écran. Résultat : on se croirait par moments au cinéma, même si les comédiens ont conservé, avec raison, le jeu théâtral qui donne tant de saveur à cette comédie romantique.

Bref, sans être un plat de résistance copieux, L’amour est un dumpling reste un petit bonheur de pièce, qu’on la consomme en salle ou en version à emporter…

L’amour est un dumpling

De Nathalie Doummar et Mathieu Quesnel

Mise en scène de Mathieu Quesnel

Avec Nathalie Doummar, Simon Lacroix et Zhimei Zhang

Au théâtre Duceppe jusqu’au 25 avril.

★★★½