La réouverture des cinémas en zone rouge, mais pas des salles de spectacles, a fait sourciller bien des acteurs du milieu des arts de la scène, mardi soir.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

« Je me réjouis pour les propriétaires de salles de cinéma, mais je trouve ça incohérent et inéquitable pour notre milieu, dit Lorraine Pintal, directrice du Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Quelle différence y a-t-il entre les salles de théâtre et de cinéma en termes de santé publique ? Il n’y en a aucune ! »

Les compagnies et les diffuseurs répètent depuis des mois qu’ils sont prêts à rouvrir dès qu’ils en auront l’autorisation. « On était prêts en janvier dernier et on le sera en mars, dans le respect des normes sanitaires », dit David Laferrière, directeur du théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme et président de l’organisme RIDEAU, qui regroupe plus de 350 salles de spectacles au Québec.

Même si l’annonce du gouvernement, mardi, soulève plusieurs questions, elle ne l’inquiète pas pour la suite des choses.

Il y a beaucoup de contraintes reliées à la réouverture de nos théâtres. La mise en marché est plus complexe que celle des cinémas. On ne peut pas rouvrir à deux ou trois jours d’avis. Et si on a hâte d’accueillir le public dans nos salles, il y a une chose importante : si on ouvre, il faut que ce soit pour de bon. On ne veut pas refermer les salles deux semaines plus tard… Ça suffit de jouer au ping-pong !

David Laferrière, président de l’organisme RIDEAU

« Nous demandons depuis longtemps au moins trois semaines de préavis afin de redémarrer la machine pour les arts vivants, explique la présidente du Conseil québécois du théâtre (CQT), Anne Trudel. Or, si les cinémas peuvent ouvrir le 26 février, il me semble qu’on devrait annoncer du même coup une réouverture des théâtres en mars. Car c’est prouvé par les paramètres de la Santé publique que les salles de théâtre sont aussi sécuritaires que les cinémas. Le gouvernement doit donc donner une date pour leur réouverture prochaine. Sinon, c’est une injustice. »

Mardi soir, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a indiqué que son gouvernement avait pris la décision de rouvrir progressivement les établissements culturels « en raison de la circulation des variants et de la semaine de relâche ».

« Comme bien des Québécois, nous avons hâte que la situation nous permette de rouvrir les théâtres, a-t-elle écrit à La Presse par courriel. Nous sommes aussi conscients que le milieu des arts de la scène aura besoin de plus de prévisibilité avant de reprendre ses activités. Nous demeurons en contact soutenu avec nos interlocuteurs du milieu ainsi que la Santé publique. »

Des matinées théâtre

Le directeur du Quat’Sous, Olivier Kemeid, souhaite que Montréal revienne d’abord en zone orange pour pouvoir rouvrir son théâtre. « Pour nous, c’est illusoire de rouvrir tant que Montréal restera en zone rouge avec un couvre-feu à 20 h. Il faut aussi considérer la jauge de notre salle, avec les mesures sanitaires. Sous la barre de 25 % de la capacité [50 spectateurs pour une salle de 170 sièges], ça devient impossible. Et pas seulement pour des raisons financières. »

Pour le public aussi. Il n’y a pas de plaisir à voir un spectacle de théâtre dans une salle vide ; alors qu’au cinéma, ça peut être un vrai plaisir !

Olivier Kemeid, directeur du Quat’Sous

Chez Duceppe, on comprend que les paramètres et les contraintes ne soient pas les mêmes au théâtre qu’au cinéma. « Or, si c’est à cause du couvre-feu, on peut remplir nos salles en matinée les week-ends, puis ouvrir des après-midi en semaine, dit le codirecteur artistique de Duceppe David Laurin. On a beaucoup de retraités parmi nos abonnés qui sont prêts à aller au théâtre le jour. Et si c’est parce que le gouvernement juge irréaliste de rouvrir les théâtres d’ici le 26 février, on a des solutions pour accélérer les choses. Par exemple, avec des lectures ou des productions déjà rodées. »

Les enfants d’abord

À la question : pourquoi les cinémas et pas les théâtres ?, le premier ministre Legault a laissé entendre en conférence de presse que c’est « parce que les enfants préfèrent voir des films » plutôt que des pièces de théâtre. Une réponse qui a surpris la présidente du CQT. « C’est oublier tout un pan du théâtre jeunesse et jeunes publics. On peut mettre son commentaire sous le signe de la maladresse, mais c’est offensant pour le milieu théâtral », conclut Anne Trudel.