Les directions des théâtres et des compagnies de danse prennent la mesure de la crise actuelle. Malgré le choc, le milieu est solidaire à l’appel du gouvernement Legault et son interdiction de rassemblements dans des salles de 250 spectateurs et plus.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Devant l’urgence de la situation, à travers le Québec, plusieurs compagnies et diffuseurs ont annulé les représentations cette semaine et ultérieurement. Une décision des pouvoirs publics qui aura des conséquences énormes pour ces compagnies et les artistes et artisans du spectacle qui y travaillent. Il s’agit d’un cas de force majeure liée à la pandémie de la COVID-19.

Faisant suite à la demande du gouvernement du Québec d’annuler la tenue de tous les événements intérieurs de plus de 250 personnes, le Théâtre du Nouveau Monde et la Place des Arts annoncent « l’arrêt de tous ses spectacles et autres activités publiques jusqu’à nouvel ordre ».

La directrice du Théâtre Espace Go, Ginette Noiseux, se dit très sensible à la sécurité du public. « Même si notre lieu n’entre pas dans la catégorie des salles de 250 places et plus, nous sommes solidaires avec le milieu, dit-elle. Tout le monde est dans le même bateau. »

L’Espace Go n’a pas de production à l’affiche avant le 19 mars prochain. D’ici là, la direction « prend la mesure de ses responsabilités pour freiner la propagation du virus et suivra les directives du Ministère de la Culture et des pouvoirs publics ».

À L’Agora de la danse et à Tangente, il n’y a pas encore d’annulations de spectacles. La plus grande salle a une capacité de 160 places, sous le seuil des salles à risques. « On prend ça au sérieux quand même, dit Francine Bernier, directrice générale de l’Agora. On a déjà mis en place des procédures. Par exemple, on a augmenté la fréquence du nettoyage des espaces communs. On est aussi à l’écoute du public avec une politique de remboursement aux détenteurs de billets qui ne souhaitent plus assister à un spectacle. » L’Agora va aussi reporter la visite de deux compagnies de France et d’Allemagne qui devait se produit à Montréal au printemps.

À Québec

Le Grand Théâtre de Québec et le Trident ont aussi annoncé l’annulation de toutes leurs activités jusqu’au 29 mars. « Nous demandons à tous les détenteurs de billets de conserver leurs billets, nous communiquerons avec eux ultérieurement avec une procédure complète », annonce la direction du Trident, qui prend toutes « les mesures nécessaires afin d’assurer la sécurité des spectateurs, de ses employés et ses artistes ».

Le Centre Segal s’engage à maintenir la sécurité, la santé et le bien-être de ses employés, artistes, étudiants, spectateurs et invités. Et suit de très près l’évolution de la situation entourant le coronavirus à travers le monde. À la suite de l’annonce du gouvernement du Québec, le Segal annule le reste des représentations du spectacle The Times They Are a Changin’ ; et tous les cours de l’Académie sont suspendus jusqu’à nouvel ordre.

La direction du Festival TransAmériques (FTA) a annulé le rassemblement de mardi prochain à Montréal pour annoncer la programmation de sa 14e édition. Elle proposera plutôt un lancement virtuel sur sa page Facebook Live. « À 10 semaines du FTA, l’équipe du Festival demeure à l’écoute des directives de santé publique et a confiance que les mesures mises en place par les autorités, sur le territoire canadien et ailleurs dans le monde, permettront de limiter la propagation du coronavirus », souligne la direction du FTA.

Un don aux artistes

Pour les acteurs et les artisans des spectacles, tous des pigistes, les pertes financières seront importantes. Les acteurs et concepteurs sont payés aux cachets pour chaque représentation donnée. On ne sait pas si les théâtres et les compagnies de danse pourront combler ce manque à gagner des interprètes.

Jeudi, sur les réseaux sociaux, des gens ont lancé l’idée de choisir de ne pas se faire rembourser ses billets pour un spectacle annulé. Et considérer ce geste comme un don aux artistes touchés par la crise du COVID-19.

« Une pensée pour tous les travailleurs de la culture, dont la situation financière est souvent précaire, et qui voient leurs shows annulés. Des mois de travail, d’investissements émotifs et $… Triste et difficile », a écrit l’animatrice et productrice Marie-France Bazzo, sur Twitter.