À défaut de pouvoir présenter Le gars de Québec en salle cet automne, zone rouge oblige, le Théâtre de La Bordée propose une captation de sa production. Et ce, tout le mois de novembre.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

La compagnie a fait appel à l’équipe de Production 4 éléments pour sa réalisation, avec le mandat « de reproduire le plus fidèlement possible l’expérience théâtrale ». La mise en scène de Michel Nadeau, directeur artistique de La Bordée, intègre aussi des clins d’œil à la pandémie actuelle. Les 11 interprètes sur scène gardent leurs deux mètres de distance et ne touchent pas directement aux accessoires, pour respecter les normes sanitaires.

En 1985 chez Duceppe, Michel Tremblay a adapté Le Revizor, de Nicolas Gogol, satire sur le pouvoir et la corruption dans la Russie des tsars. Dans Le gars de Québec, l’auteur des Belles-sœurs a situé l’action à Charlevoix en 1952.

Un maire « rouge » (libéral) règne comme un roitelet à Sainte-Rose-de-Lima. Mais il redoute l’arrivée d’un inspecteur du gouvernement « bleu » de Duplessis. Lorsqu’un fonctionnaire de Québec débarque à l’hôtel, c’est la panique à Sainte-Rose ! Tout le monde a quelque chose à cacher. Alors le maire et les notables décident « d’acheter » le fonctionnaire avec des pots-de-vin. Sans se douter qu’il n’est pas l’inspecteur envoyé par Duplessis…

PHOTO FOURNIE PAR LA BORDÉE

Scène de la pièce Le gars de Québec, à La Bordée

Les coulisses du pouvoir

La pièce est une comédie basée sur un quiproquo pour ridiculiser les notables d’une petite ville. Une satire politique sur un thème universel et, bien sûr, intemporel. « Ce n’est pas la conscience qui bâtit les villes. Si les maires avaient une conscience, les villes resteraient des villages », réplique l’élu à son chef de police, qui lui demande s’il n’a jamais de remords de conscience…

Dans le rôle du maire voleur, Pierre-Yves Charbonneau est très bon. Il fait penser à un clown triste, avec la bouille d’un Guy L’Écuyer. Olivier Normand est aussi très bon dans la peau de ce fonctionnaire fauché qui profite de la crédulité de ses hôtes pour les voler. Son jeu, parfois exagéré (dans les apartés), passerait sans doute mieux « en présentiel » qu’en numérique. Même chose pour Érika Gagnon, femme du maire, dont la jouissive performance force un peu la note à la caméra. Or, c’est normal, puisque la direction d’acteurs a été faite en fonction d’un public en salle.

Toutefois, la production de La Bordée verse trop dans la bouffonnerie, dans le jeu, mais aussi avec les costumes colorés, outranciers. La mise en scène gonflée à bloc intègre de la gigue et du chant, et ça déplace de l’air sur ce plateau qui ressemble parfois à la Soirée canadienne !

Il faut dire que Tremblay a aussi pris plaisir à la caricature à l’époque de la création chez Duceppe. Il a tracé à gros traits les personnages de la pièce. La femme du maire, celle qui « perle bien » pour impressionner le gars de Québec, est la sœur jumelle de Lisette de Courval.

L’effet miroir de la société (peu importe l’époque ou le pays) en est donc diminué. La pièce fonctionnerait mieux, à notre avis, si l’on évitait de tomber dans le burlesque. Bien qu’un clown puisse diriger un empire, la politique n’a rien de futile en fin de compte, car c’est toujours le peuple qui en paie le prix.

La captation est offerte sur le site de La Bordée, au coût de 25 $. Le public est invité à choisir le jour de visionnement pour ensuite recevoir une clé d’accès qui sera valide pour 24 heures à partir de la date choisie.

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