André Alexis souligne l’importance de s’accrocher à notre sens du jeu en période de pandémie.

Adina Bresge
La Presse canadienne

L’auteur canadien récipiendaire de plusieurs prix affirme que son nouveau drame radiophonique a commencé par un jeu entre lui et sa belle-fille.

Pour passer le temps en période de confinement, M. Alexis a tenté d’écrire un monologue pour canaliser le « côté obscur » de l’actrice en herbe.

Le résultat a contribué à donner naissance à Metamorphosis : a Viral Trilogy, dont le premier épisode sortira lundi, avec la collaboration de la compagnie de théâtre de Toronto, Volcano.

La série suit la progression d’une pandémie fictive à Toronto à travers les journaux enregistrés de trois narrateurs – un octogénaire vivant dans un foyer de soins de longue durée lorsque l’éclosion se produit pour la première fois, une fille de 13 ans effarouchée par les retombées de la contagion et une femme de 30 ans naviguant dans un monde post-quarantaine.

M. Alexis a déclaré que le but du projet n’est pas d’illustrer le monde dans lequel nous vivons, mais plutôt d’en offrir une diversion.

Les histoires créent un espace où les gens peuvent laisser leur esprit s’enfuir avec eux, a-t-il dit, et affronter les enjeux du moment actuel à distance narrative.

« Je suis intéressé par la façon dont l’imagination joue avec des situations désastreuses », a-t-il expliqué lors d’une entrevue en clavardage vidéo, offerte depuis Berlin, où il travaille sur un roman pendant une résidence d’un an.

« Le jeu est peut-être une façon d’imaginer la chose, de voir la chose, de s’engager avec la chose, sans vraiment avoir à attraper COVID-19 ou à être en plein milieu d’une manière réelle », a-t-il souligné.

L’écrivain trinidadien qui a grandi à Ottawa a été salué dans le monde entier pour ses prouesses avec les mots, balayant le circuit des prix littéraires du Canada avec Fifteen Dogs, en 2015, et Days by Moonlight, l’an dernier.

Bien qu’il ait fait ses débuts en théâtre, l’auteur de 63 ans dit avoir apprécié l’expérience de dépouiller les décors et les projecteurs pour se concentrer sur la voix en tant qu’instrument narratif.

En revenant aux séries radiophoniques de sa jeunesse, M. Alexis dit qu’il existe une intimité imaginative à avoir la voix de quelqu’un d’autre dans votre tête qui se prête à une sorte de narration partagée.

« Je vous invite dans un espace, mais ce n’est pas que j’ai créé l’espace, a-t-il soutenu. C’est que nous le créons ensemble. »

« Metamorphosis est le produit de l’engagement partagé de ses co-présentateurs – TO Live, SummerWorks et Canadian Stage – à travailler dans les limites de la COVID-19 pour maintenir en vie le caractère sacré de l’imagination humaine », a-t-il indiqué.

Pour ce catholique non-pratiquant autoproclamé, le projet de narration est tout simplement sacré. C’est une forme de « communion », a-t-il précisé, une consécration créative qui nous relie les uns aux autres, alors même que la pandémie nous sépare.

« Le sacré a ses racines dans l’imagination humaine. Vous devez imaginer que ce monde n’est pas la seule chose, a-t-il raconté. Si mon art est capable d’approcher même quelque chose comme la communion, dans son vrai sens, alors je sens que ma vie sur Terre serait justifiée. »