Des salles de spectacle pourraient rouvrir d’ici la fête nationale, si la Santé publique le permet. Or, des artistes de la scène n’ont pas attendu la levée même partielle des contraintes sanitaires pour proposer des balados, des spectacles déambulatoires et d’autres petites formes pour vibrer avec les arts vivants. En voici quelques exemples.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

La compagnie L’Activité a relancé sa série de déambulations sonores créées au tournant des années 2000 par Olivier Choinière et remixées le mois dernier. « En cette période de confinement et de temps d’écran décuplé, ces œuvres à écouter en marchant permettent de conjuguer théâtre, marche et grand air », souligne l’auteur et metteur en scène.

À l’origine, ces déambulations sonores se présentaient comme un spectacle avec heure et lieu de rendez-vous fixes. Mais Olivier Choinière a réédité ses créations sonores pour qu’on puisse les expérimenter en tout temps et lieu, grâce à son application. Les trois pièces tirées de son répertoire sont : Bienvenue à (une ville dont vous êtes touristes), avec entre autres Simone Chevalot et Alexia Bürger ; Ascension, pèlerinage sonore sur le mont Royal, avec Paul Savoie et Louise Laprade ; et Beauté intérieure, portée par la voix solitaire de Marc Beaupré.

« Ce sont des fictions mobiles à écouter tout en marchant dehors, mais pour moi, ça reste une œuvre théâtrale, explique Olivier Choinière en entrevue. Cette forme déambulatoire, qui consiste en une fiction sonore dans les oreilles, c’est aussi une rencontre entre un texte, un acteur et un auditeur/marcheur. Ce dernier peut même jouer un rôle. Au cœur de ma démarche, j’essaie de rendre le spectateur actif dans l’expérience théâtrale, que ce soit en salle ou à l’extérieur. »

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PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Anne-Marie-Olivier

Au Trident, à Québec, on a aussi concocté un plan pour la relance. « Notre grande priorité demeure de garder un lien entre le théâtre et le public et d’embaucher un maximum d’artistes et d’artisans, dit la directrice artistique Anne-Marie Olivier. D’ici la reprise, en l’absence de captation vidéo de nos spectacles, nous proposons Les balados du Trident, la série de capsules En coulisse et notre web documentaire sur le processus créatif, Venir au monde, tous disponibles sur notre site. »

> Consultez le site du Trident

Une marche du côté sauvage

La chorégraphe Mélanie Demers lance une idée chouette et spontanée : une marche à deux mètres de distance d’un danseur qui nous accompagne en chemin. 

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Mélanie Demers

« Vous choisissez le parcours, dit-elle, et le danseur choisit comment votre voyage intérieur s’exprime. Depuis un point commun, on vous attribue une liste de lecture commune de cinq pièces musicales et la balade commence. Vous serez d’abord bercé par la musique, puis distrait par le corps qui vous accompagne et qui ose ce que chacun d’entre nous n’ose jamais, c’est-à-dire danser ce que l’on entend dans nos oreilles, côte à côte. A Walk on the Wild Side ! »

De son côté, Estelle Clareton prépare un projet numérique avec Brice Noeser. Le duo de danseurs et chorégraphes a fait une version virtuelle de la pièce S’envoler la recréation, sous la complicité du réalisateur Jérémie Battaglia, et avec huit interprètes. Quatre capsules représentant autant de sections de l’œuvre seront d’abord diffusées sur les réseaux sociaux, du 8 au 11 juin à 18 h. Ce projet renommé S’envoler à la maison sera offert ultérieurement, sous la forme d’un court métrage.

Célébrations virtuelles

Quant au FTA, il nous propose une émission balado en quatre épisodes avec un imam, une anthropologue des Premiers Peuples, un écrivain-marcheur, une philosophe et un ornithologue. 

« Quatre conversations inspirantes, philosophiques, joyeuses et accessibles. Et une belle façon de nourrir notre âme et notre esprit en cette période d’incertitude et de chaos », souligne Martin Faucher, directeur artistique du Festival TransAmériques.

> Écoutez la balado du FTA 

À Montréal, La Chapelle a entamé les célébrations de son 30anniversaire. « Si les publics devaient s’absenter de nos salles la saison prochaine, alors nous ferons de notre scène un espace de travail, de recherche, de réflexion et de répétition, assure son directeur, Olivier Bertrand. Et nous inviterons les gens à participer, en inventant avec les artistes d’autres façons de nous rencontrer. Faut-il pour cela que les artistes, les équipes techniques et de conception puissent franchir le pas de la porte ? Nous gardons espoir. Notre 30e saison pourra alors se déployer sous une forme des plus inédite. »

Finalement, Vincent de Repentigny, directeur de l’OFFTA, a devancé tout le monde en tenant « un festival déconfiné » à la fin de mai. « Il est nécessaire d’investir nos ruelles, nos parcs, nos forêts, nos corps, nos quartiers avec des performances intimistes pour de petits publics, dit-il. C’est une excellente façon de retrouver le plaisir d’habiter la cité. Les imaginaires se déploient temporairement hors des scènes et nous devrions être les premiers à permettre l’émergence de nouvelles rencontres entre artistes et spectateurs. »