Pour la 15e année, le Rideau vert présente Revue et corrigée, sa rétrospective humoristique qui revisite les grands moments de l’année qui s’achève. L’année 2019 en est une « à oublier » (dixit les concepteurs), mais pas le spectacle qui lui est consacré. Les numéros, qui défilent à vitesse grand V, frappent fort et juste. À part quelques rares sketches moins bien réussis, cette mouture 2019 provoque un lot totalement justifié de rires spontanés. Survol.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

La meilleure imitation

Le vétéran Marc St-Martin a prouvé une fois de plus son immense talent d’imitateur avec quelques parodies très inspirées. Impossible de résister devant son interprétation de Jean-Marc Généreux, juge à l’émission Révolution, véritable monstre d’hyperémotivité et d’exubérance. La controverse entourant la date de l’Halloween le mettra quasiment en transe ! Son imitation du commentateur sportif Michel Bergeron, qui déchire métaphoriquement sa chemise devant la sculpture hommage aux frères Stastny, est aussi on ne peut plus efficace. Suzanne Champagne se démarque quant à elle avec une imitation plus vraie que vraie de l’incompréhensible Elizabeth May, qui a récemment quitté la direction du Parti vert.

Le costume qui tue

PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DU RIDEAU VERT

Suzanne Champagne déclenche moult rires avec son interprétation (muette !) de la mère de Bianca Andreescu.

Elle ne prononce pas un traître mot, mais déclenche des rires instantanés : Suzanne Champagne fait mouche lorsqu’elle apparaît sous les traits sévères de Maria Andreescu. Pendant que sa fille Bianca (toujours énergique Julie Ringuette) clame qu’elle est la nouvelle reine du tennis mondial sur des airs d’ABBA, Maman Andreescu se tient coite, cachée derrière d’épaisses lunettes fumées, son chien Coco à la main. Parfois, quelques secondes (et une perruque immense) suffisent…

Les occasions ratées

PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DU RIDEAU VERT

François Parenteau interprétant Donald Trump. La rencontre imaginaire entre Trump et Maxime Bernier n’a pas soulevé les rires escomptés.

Certains sketches avaient tout le potentiel pour faire des étincelles, mais se sont plutôt avérés des pétards mouillés. C’est le cas du numéro d’ouverture où apparaît Greta Thunberg – sans conteste la personnalité internationale qui a le plus marqué 2019. Un texte sans substance, des interprétations figées, des blagues qui ratent la cible… Heureusement, la barre a été redressée, nous épargnant une soirée qui aurait pu être longue. Le numéro où Maxime Bernier rencontre son idole, Donald Trump, n’a pas non plus été à la hauteur de ces deux personnalités polarisantes, parfaite matière première pour un humour qui décape.

L’idée de génie

PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DU RIDEAU VERT

Passe-Montagne et Passe-Baillon ont la délicate mission d’expliquer la loi 21, et pas seulement aux tout-petits… 

Comment aborder la délicate question de la loi 21 ? En confiant le sujet au plus inoffensif des personnages télévisuels, c’est-à-dire Passe-Montagne, interprété par Martin Vachon. En conversation avec une marionnette voilée baptisée Fatwa, il réussit à faire rire en évitant notamment de se mouiller sur la question (« Ça, les amis, ça s’appelle un piège ! »). Il préférera plutôt passer le micro à son ami Passe-Baillon, soit nul autre que Simon Jolin-Barrette, le ministre provincial de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, qui en viendra presque aux mains avec Fatwa… Confier à André Sauvé (Martin Vachon, encore !) la mission d’aborder le conflit entre Jody Wilson-Raybould et Justin Trudeau s’est aussi avéré un pari gagnant. Le sujet est aride ; le numéro était tordant.

La révélation de la soirée

PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE, FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DU RIDEAU VERT

Martin Vachon, l’une des recrues de Revue et corrigée, brille tout au long de la soirée, notamment lorsqu’il se glisse dans la peau d’André Sauvé.

Cette année, deux nouveaux comédiens se sont ajoutés à la distribution : François Parenteau et Martin Vachon. Si le premier semble souvent mal à l’aise sur scène, le second brille de numéro en numéro. C’est lui qui donne son erre d’aller au spectacle lorsqu’il endosse le costume d’un encanteur des cochonneries de 2019 : une clé USB des données de Desjardins, les vestons de Don Cherry, une plaque de ministre de l’Environnement au nom de Steven Guilbeault… Il est un Jean-Philippe Wauthier très crédible, un Justin Trudeau troublant de vacuité, un Andrew Sheer beige au possible et un Alexis Brunelle-Duceppe complètement exalté. « Je t’aime, Papa », criait-il à tout instant à son père Gilles Duceppe (François Parenteau), visiblement moins à l’aise avec ses émotions. Le père et le fils, présents le soir de la première, n’ont pu faire autrement qu’applaudir chaudement…

★★★½

2019 revue et corrigée. Mise en scène de Nathalie Lecompte. Au Théâtre du Rideau Vert, jusqu’au 4 janvier, et au Capitole de Québec, du 8 au 12 janvier.

> Consultez la page du spectacle : https://www.rideauvert.qc.ca/piece/2019-revue-et-corrigee/