Le Rideau Vert conclut sa saison à compter de ce soir avec l’adaptation théâtrale d’un film de Marcel Pagnol, Le schpountz, sorti à la fin des années 30. Une comédie sur le désir de célébrité, défendue sur scène par neuf comédiens menés par Rémi-Pierre Paquin.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le scénario de Marcel Pagnol est inspiré d’une anecdote assez cocasse. Lors du tournage de son film Angèle, dans une petite ville de campagne, un quidam venu assister à une scène se serait offert en spectacle, se donnant de grands airs d’acteur. Tout part de là…

Le chef opérateur voyant l’homme se pavaner et bourdonner autour des acteurs l’aurait surnommé le « schpountz ». Il aurait pu dire « pignouf » ou « gros bêta », c’est « schpountz » qui est sorti. L’équipe technique aurait poussé le bouchon en faisant miroiter à l’homme un rôle important. Un contrat (bidon) aurait même été signé.

C’est cette histoire qu’a choisi de raconter Pagnol en 1938, baptisant ce schpountz Irénée Fabre, jeune Marseillais un peu simplet, mais convaincu qu’il a un don pour le jeu. Le rôle avait été confié jadis au comique français Fernandel. Quelque 80 ans plus tard, il renaîtra sous le nom de Théo Désilet.

Comme beaucoup de gens, le comédien Rémi-Pierre Paquin n’avait jamais entendu parler du Schpountz avant de recevoir un appel de Denise Filiatrault, qui signe la mise en scène de ce texte adapté et mis au goût du jour par Emmanuel Reichenbach.

« Emmanuel a fait un solide travail d’adaptation. Le fait de transposer l’action au Québec, ça marche super bien. Et puis, la quête de célébrité et de reconnaissance, on ne peut pas dire que ce n’est pas actuel. Tout le monde veut son petit bout de gloire. Je n’ai pas trouvé ça dépassé du tout. »

Rémi-Pierre Paquin aurait-il des caractéristiques du schpountz ? 

« Ça doit, répond-il en riant. C’est un peu le con du Dîner de cons. Il est naïf, mais il est attachant. » Le jeune homme qui rêve d’une carrière d’acteur se considère comme un acteur dramatique (il cite Tchekhov !), alors que son entourage le perçoit comme un comique (malgré lui).

Théo Désilet, qui vit avec son frère chez son oncle et sa tante (depuis le décès de ses parents), quittera donc sa Côte-Nord natale (où il travaille dans un magasin général) pour se rendre dans un studio de tournage de Montréal avec en main un faux contrat de travail…

Comme le dit un technicien dans la pièce : « Une fois qu’un schpountz s’est rentré dans ’tête qu’y avait ce qu’il fallait pour devenir un grand artiste, tu peux jamais le ramener à la réalité. » « Mon personnage est très naïf au départ, mais il évolue, précise Rémi-Pierre. Il y a une belle courbe dans ce personnage, c’est ce qui le rend intéressant. »

PHOTO FRANÇOIS LAPLANTE DELAGRAVE, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Rémie-Pierre Paquin et Raymond Bouchard en répétition.

Montréal et les régions

Dans son adaptation, Emmanuel Reichenbach aborde par la bande tous les préjugés que les gens de Montréal peuvent avoir vis-à-vis des régions. Une lecture qui a touché une corde sensible chez l’acteur natif de Shawinigan.

« C’est sûr que Montréal est surreprésenté dans les productions télévisuelles ou cinématographiques, on ne voit pas assez les régions. Donc, oui, il y a un côté nombriliste ici. On parle beaucoup de la réalité montréalaise, mais le reste du Québec est vraiment intéressant. Je ne sais pas si c’est du snobisme, mais en tout cas, on ne voit pas toujours l’intérêt des régions. »

Dans Le schpountz, toutes les références sont québécoises. Qu’il s’agisse des téléréalités, des maisons de production, des tournages, de la publicité, la toile de fond a été actualisée.

Pour Rémi-Pierre Paquin, le plus grand défi de ce rôle est de trouver un équilibre entre le gars naïf qui se fait embobiner et celui qui a quand même un certain talent pour nous faire croire à ses ambitions.

« Je dois trouver un juste milieu, ne pas mettre trop de gaz. C’est tentant parfois d’en mettre trop pour faire rire les gens, mais il faut rester sincère. Même quand Théo chante [Johnny Hallyday], je dois fausser un peu, je ne peux pas être trop bon, mais je ne dois pas être trop mauvais non plus pour être crédible. Donc, je suis là-dedans. »

Rémi-Pierre Paquin, qui a fait beaucoup de télé (Les pays d’en haut, La théorie du K.O., Mauvais karma, Les Invincibles), apprécie le travail collectif de la troupe de théâtre. Il partagera la scène avec entre autres Raymond Bouchard, Linda Sorgini et Marilyse Bourke.

Un plaisir augmenté par le fait qu’il a promené seul pendant deux ans son spectacle Antarctique solo.

Avec Denise Filiatrault, qui fêtera ses 88 ans dans quelques jours, Rémi-Pierre Paquin a beaucoup de plaisir. Et s’il a retenu une chose de cette première collaboration avec la comédienne et metteure en scène, c’est de tout le temps penser au public.

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Denise Filiatrault en répétition.

« Elle pense toujours à ça, dit-il. Voir le spectacle à travers les yeux du public, pour ne pas se perdre. Est-ce que les spectateurs vont comprendre ça ? Elle se pose toujours la question. Parfois, elle va dire : “Ça, ce serait l’fun dans la mise en scène, mais la madame à droite, elle ne verra rien, donc on va laisser tomber.” C’est quelqu’un qui a un super instinct. »

Jusqu’au 8 juin au Rideau Vert.

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