Bien que son titre évoque la destruction, Philippe Boutin aborde une seule et unique chose dans Détruire, nous allons: la quête d'amour. Or, le chemin pour y arriver est jalonné d'embûches. Surtout pour un jeune homme trop sensible, qui est «incapable de dire je t'aime» à une personne... Alors, il faut écrire pour le crier au monde entier!

C'est exactement ce qu'a fait Philippe Boutin avec sa pièce-événement pour 40 interprètes masculins (et une actrice!), jouée samedi soir à Longueuil devant plus de 600 spectateurs. Le décor est inusité: le terrain de football derrière le centre sportif du cégep Édouard-Montpetit. Un lieu vaste, à la mesure de la démesure de cette expérience théâtrale «ludique, épique et physique».

Créée l'an dernier à Sainte-Thérèse, dans le cadre du OFFTA, Détruire, nous allons est née alors que l'auteur terminait ses études en interprétation. Boutin s'est entouré du chorégraphe Dave St-Pierre (qui a l'habitude des distributions hors norme!) et de l'auteur Étienne Lepage comme conseiller dramaturgique. On a enregistré une captation samedi dernier; on devrait donc revoir ce spectacle sur un écran près de chez nous prochainement.

La pièce est construite comme une tragédie grecque revue et corrigée par Étienne Boulay. Tout de noir vêtu, le choeur masculin occupe le terrain en entier; les choristes performent comme de véritables athlètes. Les créateurs ont eu l'amusante idée de travestir le coryphée (Alexandre Lavigne, très drôle). Il apparaît entre les tableaux, avec des robes de plus en plus courtes, pour commenter le récit des protagonistes.

En associant le côté physique et sportif du football à la grandeur d'âme et à la noblesse des sentiments du théâtre classique, l'auteur et metteur en scène de 23 ans propose une création aussi originale que baroque.

Une oeuvre de jeunesse

Sa pièce a les qualités et les défauts d'une oeuvre de jeunesse: une soif d'absolu qui s'apparente parfois à un certain nombrilisme dans l'épanchement de la souffrance; un trop-plein de références et de citations qui n'arrive pas à combler la faiblesse des dialogues, la monotonie de certains monologues et des trous dans la structure dramatique. L'histoire de ces deux frères, Claude et Christian, amoureux de la même femme, Félicité (Marie-France Marcotte), s'égare dans les méandres du récit et quelques longueurs.

Philippe Boutin a un penchant pour des auteurs qui sont aussi des poètes (Camus, Gauvreau, Shakespeare). Il cite des scènes du répertoire tirées de Cyrano de Bergerac, Caligula ou Richard III. Jean-François Casabonne incarne brillamment le roi boiteux qui ne vit que pour assouvir ses monstrueuses ambitions.

Le choix musical est tout aussi baroque que la proposition. On mélange Piaf au rap, en passant par un concerto de piano. Entendre Fantaisie impromptu de Chopin résonner à la grandeur d'un terrain de football, tandis que le choeur se lance le ballon, représente un moment simplement majestueux!

Les histoires d'amour impossible finissent toujours mal. Claude (Christophe Payeur, très solide, une révélation!) et Christian (Emmanuel Schwartz, très intense) connaîtront le destin réservé aux amants éconduits du répertoire. Quant au destin de Philippe Boutin, qui possède autant de talent que de tempérament, il risque de briller longtemps dans le ciel du théâtre québécois.