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Eden Motel: la déprime

Eden Motel ne parvient pas à convaincre les... (Photo: Théo Gravereaux, fournie par Espace libre)

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Eden Motel ne parvient pas à convaincre les spectateurs en travaillant une matière molle et déjà vue.

Photo: Théo Gravereaux, fournie par Espace libre

«Êtes-vous heureux?» C'est la question sous-jacente à Eden Motel, premier volet de l'adaptation théâtrale du roman-fleuve de Philippe Ducros (qui sera publié en 2015), à l'affiche d'Espace Libre depuis mardi soir. Une pièce sur la poursuite du bonheur «marchandé et médicamenté», dans la société nord-américaine.

Une pièce sur les dérives du capitalisme et la déshumanisation progressive qu'il engendre; la richesse matérielle n'arrivant plus, selon Ducros, à panser nos blessures et à masquer la pauvreté de l'âme collective. Rien de très nouveau sous le soleil! À l'image de la proposition de Ducros qui, au final, risque de vous déprimer au lieu de vous sensibiliser au sort des «naufragés du rêve américain».

L'auteur - qui signe aussi la mise en scène - avait pourtant de bonnes pistes dramatiques, une galerie de personnages extrêmes au fort potentiel, sans oublier une dizaine d'interprètes talentueux (dont Sébastien Dodge, François Bernier, Dominique Quesnel, Guillaume Cyr...).

Hélas, le résultat ressemble à un salmigondis de vignettes sans véritable liant ni théâtralité, dans lequel le curieux mariage du comique, du grotesque et du tragique devient indigeste.

Dérives et dépendances

Eden Motel est divisée en neuf chapitres; chacun est axé sur un des personnages qui passent dans ce motel niché sur une route anonyme au bord de l'océan, symbole de toutes les errances et élucubrations. Ces femmes et ces hommes sont tous en crise. Ils ont des dépendances (sexe, alcool, drogues, bouffe...).

En ouverture, on fait défiler des statistiques illustrant le mal de vivre nord-américain, avec des chiffres sur la surconsommation, le taux de suicide des jeunes, la surmédicamentation, la disparité de la richesse entre les pays, etc. Puis, un personnage partage son mal de vivre avec les autres, comme dans un meeting des AA, ou bien livre un monologue face au public.

Les scènes sont entrecoupées de chansons et même de chorégraphies; l'une - un numéro à la Bollywood - arrive juste après une scène hyper dramatique avec des clandestins qui agonisent sur un cargo (on quitte brièvement le motel pour y revenir, sans explications)!

De témoin à juge

Philippe Ducros est un grand voyageur, un témoin sensible et une voix importante de la dramaturgie québécoise. Le directeur sortant d'Espace Libre a témoigné avec brio de ce qu'il a vu en Afrique dans La porte du non-retour et dont les territoires palestiniens occupés dans L'affiche. Or, ici, il devient juge d'un «mode de vie qui nous tue». Ce rôle lui va beaucoup moins bien. Et sa création, sans nous tuer, nous lasse durant deux heures et quart sans entracte.

D'abord, parce que Ducros n'arrive pas à créer des personnages vrais, au-delà des clichés sur leur «manque d'amour qui est comme un trou noir» et autres formules digne de l'art thérapie. Ensuite, comme la matière est molle, confuse, éparpillée, le metteur en scène n'arrive pas à la coller pour en faire un spectacle qui se tient d'un bout à l'autre.

À la fin, on nous convie à une suite, la saison prochaine... Pourquoi pas une version remaniée et écourtée à la place?

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À Espace Libre, jusqu'au 19 avril.




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