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Pique: Vegas comme si on y était

Les événements racontés dans Pique se déroulent à... (Photo: fournie par Ex Machina)

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Les événements racontés dans Pique se déroulent à Las Vegas, en mars 2003, au moment où George W. Bush déclenche la guerre contre l'Irak.

Photo: fournie par Ex Machina

Si j'étais critique de théâtre, j'aurais très bien pu signer le texte qu'écrit mon collègue Luc Boulanger au sujet de Pique de Robert Lepage. Les reproches qu'il exprime sont tous légitimes. Mais il les fait d'un point de vue et d'une perspective théâtrales. Or Pique n'est pas du théâtre. Pique ne respecte aucune règle de la dramaturgie et refuse même de se laisser structurer par un texte.

Pique est un ovni dont le seul lien avec le théâtre est le cadre théâtral dans lequel il se déploie, encore que sous le chapiteau de la TOHU, il s'agit plutôt d'un cadre circassien.

Mais qu'importe, Robert Lepage est considéré comme un homme de théâtre à une nuance près: c'est un homme de théâtre qui refuse le théâtre tout en continuant d'y squatter. Cela n'a jamais été aussi évident qu'avec Pique qui, je le répète, n'est pas un objet théâtral, mais un film physique en 3D, qui nous entraîne, physiquement, dans les chambres, les coulisses et les casinos glauques de Vegas.

Procédant par ellipses comme au cinéma, un procédé rendu possible par une machine scénographique ingénieuse et d'une incroyable et époustouflante efficacité, Lepage n'a rien à nous dire, ou du moins pas de message précis et structuré à nous livrer.

En revanche, il a plein de choses à nous communiquer à travers des images, des ambiances, des sons, des sensations qui, mis ensemble, finissent par produire un propos organique sur le déclin et la déliquescence de l'Occident qu'incarne Vegas et sur le désespoir et le vide des êtres humains qui y convergent.

C'est vrai que les acteurs de Pique ne sont pas d'une grande force, mais il y a au moins une exception: l'acteur irlandais Tony Guilfoye, qui campe un producteur de télé écrasé par des dettes de jeu et dont le désespoir est aussi palpable que poignant.

À travers lui, Vegas montre enfin ses vraies couleurs: pas celles d'une mecque du spectacle, réhabilitée par Céline et par le Cirque du Soleil. Plutôt les couleurs d'une capitale clinquante et sordide, peuplée de faux Elvis, d'immigrants illégaux pauvres et exploités et de touristes naïfs qui ne manquent pas d'y perdre leur argent comme leurs illusions.

Dans le programme, Lepage affirme que ce premier volet de la tétralogie Jeux de cartes est lié au monde militaire. Mais ce n'est pas tout à fait juste. Le volet militaire manque de puissance et de cohésion, sauf pour une scène mémorable qui se déroule dans la cafétéria des employés. Pendant qu'à la télé, George W. Bush fait sa déclaration de guerre à l'Irak, danseuses à plumes, femmes de chambre et garçons d'ascenseur mangent, boivent et s'engueulent sous les néons ternes de leur survie, parfaitement indifférents à la guerre qui se joue au-dessus d'eux. Une image saisissante de réalisme et de vérité.

Pendant deux heures et des poussières, Lepage nous fait vivre Vegas comme si on y était, avec des images plutôt qu'avec des mots. Si on s'attend à du théâtre pur, on risque d'être déçu. Autrement, le seul risque que l'on court est d'être ébloui.




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