L'auteur et metteur en scène Jean-Frédéric Messier est surtout connu comme un des membres fondateurs du théâtre Momentum, mais il n'a jamais hésité à faire des incursions du côté des enfants. Il présente son nouveau texte, Corbeau, un conte inspiré de légendes amérindiennes qui parle de transmission... et de frites.

Josée Lapointe LA PRESSE

Jean-Frédéric Messier s'intéresse aux marionnettes depuis quelques années et c'est pourquoi il a sollicité le Théâtre de l'Oeil pour monter Corbeau, attiré par la poésie de la troupe dirigée par André Laliberté, qui signe la mise en scène du spectacle. «Il y a une immense liberté avec les marionnettes. Elles sont comme un golem, puisqu'on donne une âme à des objets, et on peut leur faire dire et faire tout ce qu'on veut. On peut même faire voler un oiseau.»

Fasciné aussi par le travail de précision des marionnettistes, Jean-Frédéric Messier a trouvé dans cette nouvelle création une réponse à plusieurs de ses préoccupations. «Quand c'est bien fait, il n'y a pas un geste de trop et je suis beaucoup là-dedans, dans une économie de moyen où le peu est le mieux. En fait, j'aime penser que ce que j'écris de plus important ces temps-ci, c'est les silences.»

Comme le théâtre de marionnettes n'invite pas au verbiage, l'auteur a donc laissé beaucoup d'espace aux silences dans cette pièce sur une grand-mère qui raconte à ses petits-enfants la place qu'a prise Corbeau dans sa vie, depuis le jour où, petite fille, il s'est posé dans son sac de frites. Mais les silences, explique-t-il, appelleront les réactions des enfants. « C'est un silence qui est tout sauf passif, qui est rempli et complété par les émotions et le langage des spectateurs.»

Faire vivre l'expérience

S'il aborde le théâtre pour enfants de la même manière que pour les adultes, Jean-Frédéric Messier admet que c'est un peu plus difficile, surtout parce qu'il doit travailler «avec un vocabulaire restreint d'émotions et de connaissance».

Mais pas question de se baser sur des thèmes précis, comme on le voit souvent dans le théâtre jeunesse. «En fait, je suis contre les thèmes. L'histoire dit ce qu'elle a à dire. Dans cette pièce, c'est la question de la transmission qui est importante, mais les enfants, ça leur passe par-dessus la tête! L'idée est de leur faire vivre l'expérience de la transmission, qu'ils en soient témoins sans avoir à l'expliquer ou la défendre, sans message.»

S'il écrit pour les enfants, c'est parce qu'il s'ennuie d'eux et de celui qu'il a été. «Je le suis encore, autant que faire se peut... C'est de ça que parle Corbeau d'ailleurs: on est toujours la même personne, même si notre carapace change. En Occident, nous avons cette vision du temps comme une flèche, un arc qui va vers l'avant. Chez les Amérindiens, ton passé est en toi, donc ton enfant n'est pas derrière toi, perdu ou disparu, mais à l'intérieur, sous plusieurs couches.»

Jean-Frédéric Messier s'intéresse depuis longtemps aux légendes amérindiennes -»Cette mythologie m'inspire culturellement et humainement»- et se réclame ainsi de son américanité. Pour lui, il est essentiel d'aborder l'univers mythologique d'ici, particulièrement avec les enfants. Son objectif: les entraîner sur notre territoire «peu visité et qu'ils connaissent peu» plutôt que de les nourrir des histoires venues d'autres continents. «Quand tu travailles pour les enfants, tu es un vecteur de transmission culturelle. Ce n'est pas rien.»

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Corbeau, à la Maison Théâtre jusqu'au 27 octobre. Pour les 4 à 9 ans.