Il faut voir Valises pour apprécier l'inspirante scénographie déployée dans cette production de Blitz D'axes, tirée de la bédé du même nom, signée Dominique Morin.

Jean Siag LA PRESSE

Trois ans après avoir accouché d'une première version de la pièce, les concepteurs et comédiens Xavier Malo et Marie-Hélène Gosselin présentent une «version finale» maîtrisée, audacieuse et riche en trouvailles, qui n'est toutefois pas exempte de défauts.

Neuf cases coulissantes (trois rangées de trois cases chacune) - l'équivalent d'une planche de bédé - servent de décor aux interprètes, qui se déplacent derrière l'imposante structure, pris en sandwich entre les projections d'arrière-scène et celles de devant.

La mécanique de ces cases qui bougent, ouvrant ici une fenêtre, en fermant une autre là, est totalement réussie. L'arrimage des projections aux mouvements des personnages crée un cadre visuel unique. D'autant plus que les manipulations sont faites avec beaucoup de fluidité. La présence d'une flûtiste et bruitiste est certainement un gain.

Valises n'en est pas moins une oeuvre étrange et froide, sans paroles, qui met en scène des personnages fantastiques dépourvus d'humanité, nourris par une quête obsessionnelle: l'accumulation de biens, chaque fois symbolisée par une valise qui déborde de quelque chose.

Trois histoires se superposent. D'abord celle d'une scaphandrière, qui collectionne les perles d'huîtres dans un décor de «fin du monde». On ne saisit pas très bien ce qu'elle fait seule sur terre (et dans la mer), mais, de perle en perle, elle finira par être engloutie par les précieuses pierres.

La deuxième histoire met en scène deux créatures avec des têtes en forme de trou de serrure engagées dans une course folle pour mettre la main sur la fameuse valise, qui contient, vous l'avez deviné, une clé. C'est certainement le segment le plus intéressant du spectacle. Visuellement. Conceptuellement aussi.

Le troisième segment met en scène un homme dans une tour, dévoré par sa quête de savoir. Il aura la présence d'esprit de rejoindre la communauté des hommes et de renoncer à sa quête destructrice.

Le tressage de ces trois histoires est habile, mais demeure très linéaire. Surtout, l'aboutissement de ces quêtes absurdes est long et les tableaux, répétitifs. Parfois un peu trop contemplatifs. Et puis, les personnages désincarnés du bédéiste, qui a imaginé des créatures avides, prêtes à tout pour arriver à leurs fins, ne passent pas si bien à la scène.

La vérité, c'est qu'on ne s'attache pas aux personnages bizarres de Dominique Morin. Et qu'on repasse en boucle des scènes qui se ressemblent jusqu'au dénouement final. À la fin de l'exercice, qui ressemble à une charge à fond de train contre notre système capitaliste, bien peu de pistes de réflexion nous sont offertes.

Cela dit, la coquille mise en place par le duo est prometteuse. Il serait intéressant de revoir cette géniale mécanique avec un autre contenu. Et pourquoi pas avec des dialogues! En tout cas avec plus de sentiments.

Aux Écuries jusqu'au 18 juin.