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La robe de Gulnara : un mélodrame magnifié

Des créations québécoises traversent bien sûr nos frontières, mais il est rare... (Photo: Nicola-Frank Vachon)

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Photo: Nicola-Frank Vachon

Des créations québécoises traversent bien sûr nos frontières, mais il est rare que les dramaturges d'ici puisent leur sujet à l'autre bout du monde. Isabelle Hubert a fait le saut et situé sa pièce La robe de Gulnara à la frontière de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan où des wagons désaffectés sont squattés par des réfugiés.

Le cadre du récit est véridique: à la suite de l'effondrement de l'URSS, des milliers de familles azéries déplacées par le conflit territorial opposant leur pays à l'Arménie ont trouvé refuge dans les trains désaffectés de la gare de Saatli pendant plus d'une décennie. Le reste relève de la fiction. Du conte, même.

La robe de Gulnara, c'est d'abord l'histoire de Mika (Marilyn Perreault), 13 ans, naïve et enjouée, qui se met dans le pétrin en tachant la robe de mariée de sa soeur aînée... et en tentant de corriger sa faute. Trois décennies plus tard, Balaja (Sacha Samar), le fils de Mika, retourne sur les lieux et revoit ce drame qu'il n'a pas vécu.

L'anecdote n'est pas qu'un prétexte pour parler des conditions dans lesquelles survivent ces réfugiés et encore moins la fondation d'un propos politique - contrairement à L'affiche, de Philippe Ducros. Isabelle Hubert s'en est plutôt servie comme du point de départ d'une fable sur l'amour et l'espoir. Son texte est d'ailleurs empreint d'un romantisme qui flirte allègrement avec le mélodrame et qui, plutôt que de mettre l'accent sur la rudesse, s'attache surtout aux bons sentiments.

Ce pourrait être larmoyant. Ce l'est par moments. Or, le metteur en scène Jean-Sébastien Ouellette a brillamment transcendé le texte pour en faire un spectacle qui touche d'abord par sa poésie. Il évoque le camp et les wagons dans lesquelles vivent les réfugiés à l'aide de valises, qui deviendront aussi des pierres tombales. Il crée aussi des tableaux de groupe d'une grande force, dans la joie comme dans la tristesse.

Mais c'est toutefois cette manière inspirée qu'il a de jouer avec le temps qui lui permet de créer l'élément le plus poétique et le plus touchant de la pièce, ce lien impossible et pourtant intime et puissant tissé entre Balaja et Mika. Le fils à naître devient ici une espèce d'ange protecteur qui, voyant le drame venir, voudrait sauver sa mère d'elle-même. Puis, il devient son consolateur et... sa consolation.

La force des images et des atmosphères créées par le metteur en scène compensent même pour le jeu inégal de la distribution. La menue Marilyn Perreault (tour à tour craquante de joie de vivre et bouleversante) brille tout particulièrement au centre des tandems qu'elle forme soit avec Sébastien René (dans la peau d'un sensible garnement de neuf ans), soit avec Sacha Samar (un comédien à la présence énigmatique et forte).

Enfin, alors que la pièce semblait ne pas vouloir souffler mot de politique, un geste tout simple vient, à la toute fin, lui donner une portée universelle et rappeler à l'assistance que si ce camp de réfugié n'existe plus, des gens vivent sans doute des drames similaires, aujourd'hui même, dans différentes partie du monde.

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Jusqu'au 11 décembre à Espace Go.




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