Quarante-deux ans après son célèbre monologue, Les unions, qu'ossa done, Yvon Deschamps ressuscite son «gars de la shop» né en 1968 sur la scène du Quat'Sous pour L'Osstidcho. Ce personnage sans nom, qui se fait appeler «Chose» ou «Toé», et que l'on trouve dans plusieurs des monologues de Deschamps, sera incarné par Benoît Brière, dans une mise en scène de Dominic Champagne. Avec la contribution du scénographe Michel Crête.

Jean Siag LA PRESSE

Hier soir, les deux comiques s'amusaient ferme pendant l'annonce de ce monologue qui sera présenté au Quat'Sous au mois de février prochain. Et pourtant, il y a un an et demi, c'est à peine s'ils se connaissaient. «Je me suis dit que ce personnage méritait d'être joué par un vrai comédien», a lancé Yvon Deschamps, qui a reçu hier après-midi le titre de Grand Montréalais décerné par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Ce projet, qu'il n'a pas hésité à qualifier de «périlleux», a nécessité toute une préparation. Car les créateurs du Boss est mort ont dû réécouter les 10 heures de monologues concernant ce gars de Saint-Henri pour en faire un condensé d'environ deux heures. «Croyez-moi, ça prend du temps, découper du Deschamps», a dit Benoît Brière, qui a souligné la difficulté de séparer Yvon Deschamps de ce personnage.

Le danger est, évidemment, de faire un «pot-pourri» des monologues de Deschamps, comme l'a justement dit Dominic Champagne, et, pour Benoît Brière, de jouer Yvon Deschamps. «En ce moment, explique le comédien, je réécoute les monologues d'Yvon pour des raisons syntaxiques. Parce que son personnage vient d'un milieu ouvrier, il parle avec des mots anglais, je veux rester fidèle à sa façon de parler. Mais après, je m'en détache pour vraiment jouer le personnage.»

Parlons-en, de cette homme-là. Il vit seul après avoir enterré sa femme. Ses parents sont morts. Il ne lui reste que son job, et son fils de 3 ans. «C'est un drame», rappelle Yvon Deschamps, qui évoque les idées suicidaires de ce gars «démuni intellectuellement», «qui subit la vie, qui ne sait rien faire et qui a fait de son boss son Dieu. Alors quand son patron meurt, il est complètement dérouté». «C'est quelqu'un qui est toujours dans l'attente de ce que les autres vont faire», renchérit Benoît Brière.

Yvon Deschamps l'avoue: quand il a créé ce personnage, c'était dans un élan d'engagement social. Mais, raconte-t-il, peu de temps avant L'Osstidcho, sa femme Judy Richards lui a laissé une note qui disait: «N'oublie pas d'être drôle.» C'est ce que compte faire Benoît Brière avec la même impertinence que Deschamps. Avec la parole de Chose.

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Le boss est mort, au Quat'Sous, du 15 février au 5 mars 2011.