La fièvre des planches s'étend à l'échelle de la province pendant la saison estivale. Le rire se cultive autant dans les théâtres établis comme Le Patriote que dans des lieux inusités où se produisent des troupes semi-professionnelles. Coup d'oeil sur un menu riche et varié.

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Raviver la flamme

Histoires de couples et théâtre d'été font toujours bon ménage. Enfin, c'est une façon de parler puisque ce sont surtout les chicanes entre époux ou leurs tentatives maladroites pour raviver la flamme qui font rigoler. Dans Les fantasmes de mon mari (Théâtre Saint-Sauveur), Sylvie Boucher joue l'une de ces femmes qui se prend les pieds dans un scénario destiné à sauver son couple du naufrage.

Les gars ne sont pas en reste et font aussi leur effort dans Les vrais mâles (Théâtre des Érables à Saint-Eustache). Désireux de régler leurs problèmes conjugaux, trois hommes décident (ou ont été poussés par leur femme) de consulter une thérapeute. Pas de chance, la sexologue vient elle-même d'être larguée par son amoureux. On a soudain un petit doute sur sa capacité à juger ces messieurs de manière détachée et strictement professionnelle...

Des classiques

Bien sûr, il y a Molière (L'avare, au Monument-National, à la lueur de la chandelle) et Goldoni (Les cancans, Café-théâtre de Chambly). Mais les classiques du théâtre n'ont pas tous 300 ou 400 ans. La délirante comédie de Francis Weber Le dîner de cons (Théâtre du Petit Champlain, Québec), n'a pas 20 ans. Les voisins de Meunier et Saïa (Théâtre de la Dame blanche, Beauport) a 30 ans à peine. Les belles-soeurs de Michel Tremblay a soufflé 40 bougies, mais vient de subir une cure de rajeunissement particulièrement réussie sous la houlette du metteur en scène René Richard Cyr. Belles-soeurs, sa version musicale, est présentée tout l'été au Centre culturel de Joliette.

Bonjour la police

Un polar comme lecture d'été, c'est presque une figure imposée. Mais si lire vous fait suer, il y a toujours moyen de s'offrir une intrigue policière sur les planches. La maison de la culture du Vieux-Palais (Saint-Jérôme) présente L'affaire Ronsolini, un suspense que ses créateurs comparent à du Agatha Christie et qui tourne autour du vol d'un objet inestimable survenu sur un plateau de tournage.

Plus terre à terre, le synopsis de 10-4 (Théâtre des Marguerites, Trois-Rivières), évoque les manchettes qu'on lit depuis des mois dans les journaux. Deux jeunes diplômés de l'École nationale de police de Nicolet y enquêtent sur des allégations de fraude à la mairie...  Robert Brouillette et Isabelle Cyr sont de la distribution.

Les «nouveaux créneaux»

On a l'habitude des comédies de moeurs en été. On constate toutefois avec amusement que certains en proposent des déclinaisons nouvelles: la comédie «immobilière»et la comédie «culinaire». Dans

À la Clémentine (Le Patriote, Sainte-Agathe), Michèle Deslauriers incarne une critique culinaire qui rêve d'avoir sa propre émission de télé. Comme Ricardo et Josée di Stasio. Une fois devant les caméras, elle se met les pieds... dans ses petits plats. Visite libre (Théâtre des Hirondelles, Beloeil) et Sous-sol à louer (Théâtre du Chenal-du-Moine, Sorel) s'articulent bien sûr autour des transactions immobilières. Dans le premier spectacle, Jeff Boudreault joue un agent d'immeubles qui rêve de devenir le meilleur vendeur de la Rive-Sud, ce qui ne fait pas le bonheur de sa femme. Moins ambitieux, mais plus ratoureux, le personnage principal de Sous-sol à louer s'arrange pour louer un logement à deux personnes qui ont des horaires totalement différents. Secrètement, bien sûr, en autant qu'un tel secret puisse être gardé...

Théâtre musical

Jamais vu Piaf sur scène? En voici l'occasion: Sylvie Drapeau jouera la Môme tout l'été au Théâtre de Rougemont dans une pièce qui relate son parcours inespéré, de Belleville à la gloire internationale. Une histoire jalonnée des grandes chansons écrites pour elle, bien entendu. Les soirées estivales seront également enrobées de musique au Théâtre de la Marjolaine (Eastman) où est présenté le spectacle Les inséparables. Sa distribution est particulièrement alléchante: Jean Marchand, Jean Maheux, Marc St-Martin et Véronique Claveau.

Les aventures fantastiques

A/O La fantastique légende reprend du service à Drummondville cet été. Spectacle à grand déploiement, qui prend la forme d'un récit initiatique raconté au pied d'un arbre millénaire, mêle théâtre, danse, musique et cirque et fait appel à plus de 80 artistes. Tout près de Drummondville, au Théâtre de la Dame de Coeur (Upton), est présentée une autre aventure fantastique pour la famille: La montagne qui marche. À l'aide de marionnettes géantes, le spectacle raconte l'histoire d'un enfant, Max, qui doit découvrir le secret de la terre pour délivrer les travailleurs d'une mine obstruée par une tortue géante.

Histoires de familles

Les familles, comme les couples, se chamaillent, se taquinent et se chicanent. Un matériau riche et inspirant. Mathieu Gosselin, du Théâtre de la Banquette arrière, explore les liens familiaux dans Mélodie dépanneur, une pièce au synopsis intrigant. Son père mort, un homme hérite d'un dépanneur. Il est décidé à mettre la clé sous la porte, mais est confronté à des personnages aux noms étranges - Poupée, Princesse et Kangourou - qui tiennent à ce lieu qui n'a rien d'ordinaire. Surtout pas le décor, comme on peut le constater en visionnant la capsule vidéo hébergée sur YouTube (mots-clés: Mélodie dépanneur). Au Petit Théâtre du Nord, à Blainville.

Le meilleur titre

Un titre, c'est une carte de visite. Il y a des jeux de mots bêtes qui rebutent et des flashes inspirés qui suscitent la curiosité. Il y a aussi des titres si improbables qu'ils donnent immanquablement le goût d'aller y voir de plus près. Ma soeur est une chanson d'amour country se classe assurément dans la dernière catégorie. La pièce raconte un épisode de la vie d'une femme qui, curieusement, s'appelle Bob et qui voit son train-train quotidien bousculé par l'arrivée de sa soeur Mélancolie, la chanteuse country du titre. Ce «vaudeville à saveur country» écrit par Jocelyn Roy est présenté au Théâtre du 450 - Chapelle St-Antoine, à Longueuil.