Jerk, présenté à La Chapelle jusqu'à samedi, n'est pas un spectacle aimable. La pièce, adaptée d'une nouvelle de l'écrivain américain Dennis Cooper, parle de torture, de viols et de meurtres commis par un homme et ses deux complices adolescents. Une affaire sordide, mais bien réelle, qui s'est déroulée au Texas dans les années 70. L'horreur, quoi.

Mis à jour le 18 févr. 2010
Alexandre Vigneault LA PRESSE

L'histoire tient en une phrase: soif de sang et de sexe intimement imbriquées. Un fait divers extrême, raconté par David (Jonathan Capdevielle), caméraman lors des mises à mort, qui s'exprime à l'aide de marionnettes, qu'il a appris à manipuler en prison. David rejoue son histoire sans chercher à faire vrai (savoir que ç'a l'a été suffit amplement).

Sa manière de faire bouger les marionnettes est plus fonctionnelle que véritablement esthétique (on est loin de Duda Paiva, vu cet automne sur la même scène) et si elles donnent l'impression de prendre vie, c'est d'abord en raison de la bande son qu'il crée avec sa bouche: grognements, succion, gémissements de plaisir ou de douleur. Des sons affreusement organiques. Jerk n'est donc pas tant un théâtre de l'illusion que de l'imagination. Face à l'évocation de ces fantasmes et cette violence inouïe, le spectateur est seul avec ses images mentales. N'y a-t-il rien de plus effrayant que ce qu'on ne peut pas voir? Que ce qu'on ne veut pas voir?

Le malaise est d'autant plus grand que le jeu est d'une grande sobriété. D'une grande fragilité, même. La violence n'est magnifiée d'aucune manière, ici. Ce David, si audacieusement interprété par Jonathan Capdevielle, reste assis sur une simple chaise pendant toute la représentation sans hausser la voix. Si, une toute petite fois.

Détaché et faible, le jeune homme a surtout l'air mentalement détruit. Interné dans un asile, déduit-on au terme d'une longue et stupéfiante scène de ventriloquie où l'acteur joue trois des personnages du mauvais film qui tourne en boucle dans sa tête. Rien d'aimable, dans ce spectacle mis en scène par Gisèle Vienne. Juste une habile et très éprouvante machination théâtrale.

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Jerk est présenté jusqu'au 20 janvier à La Chapelle.