Une voix qui fait oublier que les autres en ont moins, des comédiens aguerris, un orchestre allumé, une histoire à trame universelle servie par une mise en scène dynamique, sinon révolutionnaire: avec cette vibrante production maison de Guys and Dolls, le Centre Segal des Arts de la scène ouvre sa saison 2012 de brillante façon.

Daniel Lemay LA PRESSE

Pour une de ses premières mises en scène de comédie musicale, Diana Leblanc, femme de théâtre de renom, a su atteindre l'équilibre entre les histoires - d'amour, d'argent et de péchés - du monde interlope du Broadway de la fin des années 40 et le caractère divertissant de ce grand classique de Frank Loesser, inspiré des nouvelles de Damon Runyon.

Dans un musical, une grande scène réussie donne à la représentation un allant, une énergie qui permet souvent de faire oublier les passages plus difficiles. Ici, Diana Leblanc, aidée en cela par le chorégraphe Jim White, se ramasse le maximum d'indulgences avec la scène de la fiesta débridée dans un nightclub de La Havane et celle d'une partie de dés illicite sous un boulevard de Broadway. Le tout est loin d'être parfait mais, comme ils disent dans le showbiz, «ça la fait».

Quand elle revient de sa virée cubaine avec Sky - Scott Wentworth, très à l'aise dans le rôle qu'il tient pour la troisième fois -, Sister Sarah Brown est déchirée entre son amour pour le gambler et sa mission comme soldate du Christ. Avec sa voix claire et puissante, Tracy Michaidilis domine cette production que les carences vocales de certains personnages secondaires auraient pu faire sombrer.

L'autre couple de Guys and Dolls est formé de Nathan Detroit (Frank Moore), l'organisateur de parties de craps, et de sa fiancée (depuis 14 ans) qui ne pense qu'au mariage. Susan Henley joue une danseuse de club hyper-caricaturale, mais hop!, sauve la mise avec son interprétation toute naturelle d'Adelaide's Lament, où la musique et les mots se conjuguent pour illustrer le drame quotidien de la belle rousse.

La différence d'âge saute aux yeux dans les deux couples - surtout entre Nathan et Adelaide - mais Diana Leblanc, à qui nous avions souligné la chose, n'a jamais vu personne d'autre que Moore et Wentworth pour ces rôles.

Le Broadway peint de Michael Eagan aurait gagné à s'illuminer un peu, mais ses costumes, surtout ceux des danseuses, évoquent bien le temps des grands cabarets. Quant à l'orchestre de jeunes musiciens dirigé par Nick Burgess, il s'avère à la hauteur malgré d'occasionnelles mollesses.

Les initiés apprécieront ce classique d'entre les classiques et, pour ceux qui n'auraient jamais vu un véritable musical de Broadway, le Guys and Dolls du Centre Segal se pose comme une initiation de tout premier ordre.

Luck be a Lady!

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Guys ans Dolls Au Centre Segal des Arts de la scène jusqu'au 31octobre. Avec surtitres français les mardis, jeudis et samedis.