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Sugar Sammy: full franglais

L'idée de faire un spectacle en franglais à... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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L'idée de faire un spectacle en franglais à Montréal est née, raconte Sugar Sammy, de sa perception de la réalité montréalaise qu'il a vue changer, mais aussi de films comme Funkytown ou Bon cop, bad cop.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Au référendum de 1995, Sugar Sammy était dans les Jeunes libéraux et militait
pour le Non. Il a abandonné la politique l'année suivante pour faire de la scène,
un choix qu'il n'a jamais regretté. Il reste que 15 ans plus tard, il revient
à la charge avec You're gonna rire, le premier spectacle full franglais de l'histoire
du Québec. Provocation politique? Non. Stratégie humoristique.

À l'Université McGill où il étudiait les cultures, Samir Khullar, l'aîné des trois enfants d'un propriétaire de dépanneur de Côte-des-Neiges, bouclait ses fins de mois en organisant des soirées étudiantes. Pour les gars, c'était payant, mais pour ces dames, Samir faisait toujours un spécial. C'est ainsi qu'une poignée d'étudiantes de McGill ont trouvé un surnom à leur jeune papa gâteau: Sugar Sammy.

Non seulement le surnom est resté, mais il est devenu le nom de scène de Samir qui en a profité pour développer son sens de l'humour et pour faire le tour du monde. Mais à la fin du mois de février, ce n'est pas à Dubaï, en Inde, ou au Qatar qu'on le retrouvera, mais au théâtre Olympia, à Montréal. C'est d'ailleurs la première fois depuis cinq ans que ce Montréalais, résidant de Hampstead, restera dans sa ville préférée aussi longtemps.

Je m'attendais à plusieurs choses avant de rencontrer Sugar Sammy dans un café du Plateau. À ce qu'il soit drôle, charmant, poli et bien mis. À ce qu'il ait la peau bistrée par ses racines indiennes. À ce qu'il sente la lavande ou le citron. À ce qu'il parle un français impeccable et métissé d'un léger accent anglais. À ce qu'il soit détendu et ouvert à toutes les questions. La seule chose à laquelle je ne m'attendais pas, c'est qu'il soit grand, très grand. Grand comme dans six pieds trois. Mon air légèrement ahuri devant sa taille l'a fait rire.

«Je ne sais pas pourquoi, mais les gens s'imaginent toujours que je suis plus petit», a-t-il admis en déboutonnant son manteau, visiblement habitué à cette fausse perception sur son imposante personne.

Fils de bonne famille

Chemise lilas fraîchement amidonnée, jeans pressé, Sugar Sammy ne donne pas dans le négligé. Il est bien mis comme le fils de bonne famille qu'il est. Habite toujours chez ses parents à 35 ans et commence d'ailleurs l'entrevue en me répétant qu'il aime ses parents, que la vie est courte et qu'il espère passer le plus de temps possible avec eux pendant qu'ils sont sur Terre.

Il dit aussi que sa plus grande source d'inspiration en humour fut Don Rickles, un vieux mononcle juif malcommode qui, dès qu'il met le pied sur scène, prend plaisir à niaiser le public. C'est bizarre qu'il nomme Don Rickles parce que dans l'entrevue qu'il a accordée l'an passé à George Strombopoulos de la CBC, il a avoué que sa passion pour la comédie lui venait d'Eddie Murphy, qu'il a découvert à l'âge de 8 ans dans la vidéo piratée de Delirious.

Si vous n'avez jamais vu la captation du spectacle Delirious, vous avez manqué quelque chose. C'est le spectacle d'humour le plus vulgaire, grossier et offensant qui n'ait jamais vu le jour. Murphy y fait un long monologue discriminatoire à l'égard des gais, qu'il traite de «faggots». Il s'est confondu en excuses par la suite sans pour autant retirer la vidéo du marché.

Mais jouant de prudence, Sugar Sammy se garde bien d'évoquer Eddie Murphy. Habile de sa part. Quant à Russell Peters, l'humoriste canado-indien qui a fait fortune en riant de ses racines indiennes et avec qui il partage plusieurs points communs, il n'en souffle mot. C'est moi qui, en fin de compte, aborde la question de son plus sérieux rival. Si ça lui déplaît, rien n'y paraît.

«En fait, Russell et moi, on a commencé presque au même moment. Au début, on faisait nos armes dans les mêmes circuits et dans les mêmes soirées d'humour où le public était majoritairement noir. Il est plus vieux que moi. Il a 40 ans. Or, sa carrière a vraiment démarré quand il a eu 35 ans, l'âge que j'ai aujourd'hui.»

Stand-up à l'américaine

Comme il l'a souvent répété, Sugar Sammy est un enfant de la loi 101. Ses parents l'ont inscrit pendant deux ans au Collège Marie de France puis, faute de moyens, l'ont envoyé dans le réseau public pour le reste du primaire et du secondaire. Mais tout enfant de la loi 101 qu'il soit, le style d'humour qu'il pratique n'a rien de québécois. C'est du stand-up à l'américaine. Sa formation aussi.

«Si tu veux être humoriste au Québec, tu t'inscris à l'École de l'humour. Dans le système américain, t'apprends sur le tas dans les petits clubs où tu testes ton matériel et où tu réécris tout continuellement. Je procède encore comme ça aujourd'hui. Quand je vais jouer dans une ville étrangère, j'arrive une semaine avant et je m'imprègne de l'atmosphère, je lis les journaux, je parle à des gens et je construis mon show à partir de tout ce que j'ai vu et entendu. Je ne fais jamais de sketches ou de personnages à la manière des humoristes québécois dont j'ai vu les shows, pour la plupart. Sur scène, c'est moi, un micro et un tabouret, that's it that's all

Le franglais se vend bien

L'idée de faire un spectacle en franglais à Montréal est née, dit-il, de sa perception de la réalité montréalaise qu'il a vue changer, mais aussi de films comme Funkytown ou Bon cop, bad cop.

«Au début je voulais juste faire un show expérimental d'un soir. Mais quand les billets de ce show unique se sont envolés en 45 minutes, on s'est dit qu'on tenait peut-être quelque chose. Pendant les Fêtes, on a rodé le show dans des corpos pour evenko et la firme comptable RSM Richter, et tout le monde a embarqué sans problème de compréhension. Je pense que les gens sont prêts à ça, prêts à s'ouvrir à la langue de l'autre, mais aussi à ses différences culturelles.»

Depuis la mise en vente de You're gonna rire, les billets s'envolent comme des petits pains... indiens. Au moment de notre rencontre, 25 soirs affichaient complet. Plusieurs supplémentaires ont dû s'ajouter depuis. Sugar Sammy n'y voit pas de symbolique politique spéciale ni même la fin du mouvement souverainiste. Simplement un goût de la découverte de la part du public québécois. D'ailleurs, il préfère se tenir loin de la politique.

«En 1995, je voyais qu'il se passait quelque chose et j'avais le goût de m'impliquer, mais j'ai vite trouvé ça lourd. Déjà à ce moment-là, je sentais que j'étais plus efficace comme humoriste que comme militant libéral. Il y avait aussi une part d'égoïsme là-dedans. Être sur scène, c'est pas mal plus le fun que de travailler dans un bureau de scrutin. Et puis, j'ai toujours été contre le repli identitaire. Moi, j'ai grandi avec toutes sortes de monde qui parlait toutes sortes de langues. J'avais même un correspondant à Beauport chez qui je suis allé et qui est venu chez moi dans le cadre d'un échange scolaire. Tout cela, c'est très enrichissant.»

Dans un gala de Juste pour rire, animé par François Morency, Sugar Sammy s'est déjà amené sur scène en affirmant qu'il y avait deux catégories de Québécois. Ceux qui sont ouverts, tolérants et cultivés. Et ceux qui ont voté oui au référendum. Malgré les quelques huées amicales qui ont fusé dans la salle, le public a ri de bon coeur.

Le même phénomène risque de se produire sur la scène de l'Olympia où il se moquera autant des francos et des anglos que des minorités ethniques. Tout le monde y passera, mais personne n'en prendra ombrage grâce au rapport de connivence et de complicité que Sugar Sammy réussit à établir avec le public. Et aussi un peu, beaucoup, à cause du sugar que les étudiantes de McGill ont mis dans son nom.




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