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Inferno de Dan Brown : déception **1/2

Sonia Sarfati
La Presse

Dan Brown est Dan Brown et le succès de sa recette est tel qu'il n'a aucune raison d'en changer... à moins qu'il ne soit atrocement blessé par les critiques, qui n'ont jamais été tendres envers son oeuvre. Ce qui ne semble pas être le cas, Inferno étant exactement de la même eau que ses romans précédents. On ne se surprendra donc pas que cette quatrième aventure de Robert Langdon, sortie le 14 mai en version originale (la traduction française arrivera au Québec), ait été éreintée de critiques virulentes, caustiques, dures - d'où émergent toutefois (c'est inhabituel) quelques notes moins acides.

Pourtant, ceux qui ont «embarqué» dans les courses folles de l'éminent professeur de symbologie à Rome (Anges & Démons), à Paris (Da Vinci Code) et à Washington, D.C. (Le symbole perdu) pour le suspense et malgré les coins ronds, pour le mystère au-delà des grosses ficelles, pour les incursions dans les arcanes de l'art, de la religion, de l'histoire et de la science assez passionnantes pour ne pas (trop) s'attarder aux libertés prises par le romancier, Inferno, bien que sorti du même moule, risque de décevoir.

Peut-être parce qu'après quatre fois du même-plat-ou-presque, la surprise n'est plus au rendez-vous et, du coup, les défauts apparaissent plus. Probablement parce que l'intrigue est contemporaine au lieu d'avoir des racines plantées dans la nuit des temps par l'intermédiaire d'une mystérieuse organisation (les Illuminati, l'Opus Dei ou les francs-maçons). Certainement parce que le récit est plus faible que les précédents, avançant à coups de monumentales coïncidences et débouchant sur une conclusion certes dramatique, mais d'une envergure tellement moindre que l'enfer «promis» pendant les 500 pages précédentes que, d'une certaine manière, elle déçoit. D'autant qu'elle s'accompagne de revirements échevelés ayant pour origine l'amnésie de Robert Langdon.

Comme lecteur, on se sent floué et (malhonnêtement) manipulé. Pourtant, et c'est la magie de Dan Brown, il est impossible de lâcher Inferno dès qu'on y a mis un pied - et un oeil.

L'histoire? Robert Langdon se réveille dans un hôpital de Florence, sans aucun souvenir de ce qui s'est passé au cours des derniers jours. Il ne sait même pas ce qu'il fait en Italie. Là-dessus, une tueuse «aux cheveux pointus» (?) et, comme il se doit, au physique et à la psyché particuliers (ils sont toujours ainsi, les méchants aux trousses du professeur) débarque et lui tire dessus. Il s'échappe en compagnie d'une jolie médecin dont les yeux, «quoique marron, recelaient une profondeur inhabituelle» (??). Et, dans sa veste en tweed - il découvre un pointeur qui «projette» une photo de La Carte de l'Enfer de Botticelli, inspirée au grand maître par L'Enfer de Dante.

Commence ainsi un genre de chasse au trésor avec codes et énigmes. Menée sur 24 heures à Florence, Venise et Istanbul. Avec, sur les talons de Langdon, l'habituel policier tenace. Et, en travers de son chemin, une puissante organisation secrète. Enfin, en trame de fond, le danger que la surpopulation fait peser sur l'espèce humaine.

On retrouve ici la manière Brown de découper son film... oups, son récit en chapitres courts, passant d'un protagoniste à un autre, d'où l'efficacité du montage et l'étourdissant effet «page turner»; sa façon aussi d'«interrompre» une scène d'action pour se transformer en guide touristique ou en professeur afin de décrire ou d'expliquer un lieu, une oeuvre d'art, un concept scientifique. Chose qui agace certains, mais qu'on lui pardonne tant lesdites explications et descriptions sont, en général, passionnantes. On trouvera par contre que Robert Langdon est moins vif d'esprit qu'à l'accoutumée (prendre des pages et des pages pour se rendre compte que les lettres CATROVACER doivent être ré-agencées pour signifier quelque chose!) et que sa route vers l'enfer est pavée de trop nombreux hasards et coïncidences. Pour déboucher sur un pétard pas mouillé quand même, mais un peu humide.

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* * 1/2

Inferno. Dan Brown. JC Lattès, 576 pages.




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