Manier avec adresse action, humour et sentiments fins n'est pas donné à tout le monde. Le bédéiste Michel Falardeau a trouvé le bon dosage dans Mertownville, dans Luck et maintenant dans French Kiss 1986, récit étourdissant et réjouissant d'un fantasme d'enfance.

Mis à jour le 5 oct. 2012
Alexandre Vigneault LA PRESSE

«Je n'ai jamais eu autant de fun à faire une bédé», assure Michel Falardeau à l'autre bout du fil. Le bédéiste de Québec se trouve présentement à Bordeaux, où il fait une résidence d'écriture de deux mois qui s'achèvera dans les prochaines semaines. Ce séjour coïncide avec la publication récente, chez Glénat, de French Kiss 1986.

Sa présence en Europe tombe pile: son plus récent album accumule les critiques positives depuis sa sortie à la mi-août et il espère bien pouvoir se livrer à des séances de dédicaces pour en promouvoir le rayonnement. «J'ai hâte de voir où ça va mener, tout ça», dit l'auteur, évidemment heureux d'un accueil aussi chaleureux, mais aussi conscient de la difficulté de se démarquer dans un domaine où le nombre de titres publiés a explosé ces dernières années.

French Kiss 1986 n'est pas le premier projet de Michel Falardeau à se frayer un chemin chez un éditeur européen: Mertownville a été publié en Suisse (chez Paquet) et Luck, par le géant Dargaud. Ce n'est pas de la chance. Plutôt une bonne combinaison de talent et... de culot. De son propre aveu, il s'est lancé en bédé «comme un innocent», sans rien connaître du milieu.

Après avoir travaillé dans le domaine de l'animation, le dessinateur a en effet tout plaqué avec l'ambition de faire carrière en bande dessinée et de devenir riche. «J'avais bien sûr 23 ans», précise-t-il, avec une pointe d'autodérision, un trait d'humour qu'il accole volontiers à certains personnages.

Dans French Kiss 1986, Étienne (le narrateur) en use volontiers lorsqu'il entreprend, à la demande de son fils Lucas et de sa fille Leïa, de raconter comment il a connu leur maman. D'apparence banal, ce point de départ donne lieu au récit épique d'une grande bataille de pirates orchestrée par Étienne contre la bande de la rue voisine... dans l'espoir de conquérir le coeur de la petite Marie.

«J'ai grandi dans le fin fond des bois, je n'ai jamais pu faire ça l'été. J'étais toujours pogné à jouer avec mes frères. Alors, c'est un peu un fantasme d'enfance», avoue l'auteur, qui excelle à mettre en scène et en mots les univers de l'enfance et de l'adolescence, mais qui a aussi - sinon surtout - un penchant pour les univers oniriques et fantastiques.

«Ça faisait longtemps que je voulais faire une bédé avec des pirates, ajoute-t-il. Sur mon site internet, il y a plein d'illustrations avec des filles pirates. Mais je n'avais pas le courage de faire une histoire de pirates: un grand voilier, ce n'est pas dessinable, il y a trop de détails! En plus, il aurait fallu que je fasse plein de recherche...»

French Kiss 1986 ressemble moins à Pirates des Caraïbes qu'à La guerre des boutons - ou des tuques, si vous préférez. Les enfants occupent l'essentiel des pages. Le récit, truffé de clins d'oeil à la culture populaire des années 80, prend du tonus grâce à la judicieuse juxtaposition de deux époques: l'été 1986 et le début des années 2000, moment où Étienne raconte l'histoire à ses enfants.

Ces quelques passages bien positionnés donnent souvent lieu à des scènes très drôles. Souvent grâce à la petite Leïa, qui est littéralement pissante! «Parmi les personnages qui vivent dans les années 2000, c'est vraiment mon préféré», signale Michel Falardeau. L'affection qu'il lui porte est palpable. De même que la tendresse un brin ironique qu'il éprouve pour Étienne, ce jeune pirate romantique qu'il aurait bien aimé être.

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French Kiss 1986. Michel Falardeau. Glénat Québec, 138 pages.