Si cette brique était publiée dans le monde anglo-saxon, on aurait pu accuser Onfray d'enfoncer une porte ouverte. Mais ce n'est pas le cas en France, où quelques millions de gens suivent une psychanalyse.

Paul Journet LA PRESSE

On s'en doute, Onfray ne s'encombre pas de nuances. Il s'agit d'une charge. Son Freud est un affabulateur mythomane dévoré par l'ambition. Il se réclame de la science positive, mais sa démarche n'a rien de scientifique. C'est au mieux une philosophie, sinon une littérature.

Bref, une construction du monde qui se fonde sur son passé et qui pille chez des philosophes (Nietzsche, Schopenhauer, etc.), sans leur donner le crédit.

Freud universaliserait à partir de son cas très particulier, par exemple avec le complexe d'OEdipe. Même si les échantillons du médecin et clinicien restent très peu représentatifs, ils invalident quand même souvent sa théorie.

Alors Freud les ignore, dit Onfray. La circularité de la psychanalyse lui permettrait d'agir ainsi. Si on conteste un diagnostic, c'est parce qu'on refoule...

«La psychanalyse est le rêve le plus élaboré de Freud», ironise Onfray. Il s'appuie beaucoup sur des documents méconnus comme des correspondances, ce qui est instructif.

Autre mérite, les arguments du philosophe français sont moins elliptiques qu'à l'habitude. Son recours abusif aux trois points de suspension finit toutefois par irriter. Sa lecture se fait aussi via ses lunettes de nietzschéen de gauche. Biaisé et trop peu nuancé, donc.

Mais c'est le propre d'un pamphlet. Et c'est parfois nécessaire. (Pour une critique vitriolique de cet essai, lire la réponse de la psychanalyste Elisabeth Roudinesco, Mais pourquoi tant de haine?, récemment publiée au Seuil.)

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Le crépuscule d'un idole. GRASSET, 624 PAGES