Rencontrée à Montréal par un après-midi au froid sibérien, Michèle Plomer est venue des Cantons-de-l'Est où elle vit pour nous parler de son roman chinois, juste avant de repartir quelques mois sur cette terre d'exil qu'elle affectionne. En 2004, Michèle Plomer est partie dans le sud de la Chine pour enseigner. En face de la ville où elle vivait, Hong Kong lui est apparue dans toute sa splendeur mégalomane et lui a inspiré un roman d'aventures et d'amour improbable entre une jeune fille et un poisson.

Mis à jour le 22 févr. 2009
Elsa Pépin, collaboration spéciale LA PRESSE

Troquant la contemplation et la tranquillité de la nature québécoise de son dernier roman, Le jardin sablier, pour l'action et le bouillonnement de Hong Kong, Michèle Plomer a conçu HKPQ comme un vrai roman d'aventures. «Je voyais le roman comme une bande dessinée. Il fallait que ça bouge. Je ne voulais pas décrire la ville, mais qu'elle y soit à travers les actions de la narratrice.» Étonnamment, malgré le manque d'espace et d'air, Hong Kong se révèle dans toute sa sensualité. «Le défi avec ce roman était de montrer la belle Hong Kong. Quand je suis arrivée en Chine, j'allais à Hong Kong pour me retrouver un peu», raconte l'auteure. Son roman est construit sur ce paradoxe souvent expérimenté par les grands voyageurs, celui de mieux se trouver loin de chez soi.

 

HKPQ suit une jeune Québécoise qui renaît à travers son exil à Hong Kong. À la suite d'une rupture amoureuse, elle va curieusement retrouver le sentiment d'appartenance sur une terre étrangère. «La narratrice est en convalescence. Elle se refait à travers l'exil. Être ailleurs, c'est propice à la guérison», explique Plomer. La renaissance prend la forme d'une véritable résurrection sensorielle. La narratrice sort d'une période d'anorexie et retrouve l'appétit grâce à la gastronomie de Hong Kong et ses innombrables restaurants. «On n'y échappe pas, explique l'auteure, les Chinois entretiennent un véritable culte de la nourriture.» Outre cet attrait pour l'exotisme culinaire, Hong Kong dépayse par sa démographie délirante. «La narratrice quitte un Québec d'espace et de ciel bleu et part à la conquête de l'opposé. Elle cherche une famille et trouve une communauté humaine en Chine, parce qu'on est toujours près de tout le monde», précise Plomer. En plus de l'extrême promiscuité, la marée humaine chinoise commande une philosophie de vie loin du culte occidental de l'individu. «Un des moteurs humains chez les Chinois, c'est sûrement la chance. Il y a tant de monde! La vie est anonyme, les choses vont très vite et les familles sont déplacées. Le sacré de l'humain est un peu perdu», explique-t-elle.

 

Tel le phénix, la narratrice revit donc dans ce «port parfumé» surpeuplé et fait des rencontres insolites. D'abord avec une jeune voleuse qui lui confie une lettre destinée à sa mère introuvable, puis avec un étrange poisson rose dont elle s'éprend et qui s'avère être très rare et recherché. Le Sperm Milk Fish serait riche en phosphore et très bon pour la testostérone. L'animal, mi-vrai, mi-inventé, va plonger l'héroïne en plein coeur d'une enquête policière avec, à ses trousses, la pègre de Hong Kong, mais va aussi réveiller en elle sa capacité à entrer en relation.

HKPQ prend, au final, des allures de thriller, avec des touches humoristiques et fantastiques qui en font un livre baroque et sensuel. Plongée dans l'atmosphère chinoise, Plomer exprime ce goût pour les histoires un peu magiques où les jeux du destin frôlent l'invraisemblance et s'enracinent dans la réalité d'une ville aux fusions mystérieuses.

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HKPQ

Michèle Plomer

Marchand de feuilles, 2009

225 pages, 19, 95$

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