Au Québec, les bédéistes triment dur pour diffuser leurs œuvres. Plusieurs distribuent eux-mêmes leurs fanzines avec l'espoir qu'une maison d'édition s'y intéressera un jour. Un exercice coûteux qui fait peu d'élus. Devant les contraintes financières et matérielles, certains auteurs se tournent vers un nouvel outil : le blogue BD.

Marc-André Sabourin LE SOLEIL

Zviane est une artiste montréalaise. Chaque semaine, elle met en ligne des fragments de sa vie sur le Web. États d'âme, rencontres, anecdotes... son blogue s'apparente à plusieurs autres, à la différence près que les mots y sont remplacés par des dessins. «J'ai commencé mon blogue en 2006, raconte l'auteure. J'ai débuté avec des BD fictives, puis je me suis tournée vers l'autobiographie. Rapidement, des lecteurs m'ont laissé des commentaires. Surtout à propos de mes histoires, mais aussi sur ma technique.»

Au fil du temps, son style s'est amélioré et son blogue s'est fait remarquer. «Ma page Web m'a fait de la publicité, rigole Zviane. La Société de musique contemporaine du Québec m'a commandé une BD sur le compositeur québécois Claude Vivier et je dessine pour le site Internet de Radio-Canada.»

Ce qu'elle considérait autrefois comme un passe-temps prend de plus en plus d'espace dans sa vie. Tellement qu'à partir de septembre, elle mettra de côté ses études en musique pour se consacrer entièrement au neuvième art.

L'histoire de Zviane n'est pas unique. Selon le cofondateur des Éditions de la Pastèque, Frédéric Gauthier, les blogues BD sont un terreau fertile. «Pour nous, c'est une façon intéressante de voir des jeunes talents s'exprimer.» Sa maison d'édition a contacté des blogueurs à plus d'une reprise pour leur proposer des projets.

Pascal Girard, un bédéiste de Québec, est de ce nombre. En 2005, ce travailleur de la construction a lancé un blogue pour publier ses BD. «C'était bien plus simple que de faire un fanzine.» Un an plus tard, il était catapulté dans le monde professionnel avec sa première publication.

Avec le temps, il s'est toutefois lassé de son blogue. «Les commentaires laissés par les internautes sur ma page étaient peu pertinents.» Il possède maintenant un site Web conventionnel.

Territoire d'expérimentation

L'animatrice de l'émission de webradio Dans ta bulle, Julie Delporte, est une grande consommatrice de blogues BD. «Ce que j'aime de ce format, c'est la disponibilité immédiate. Quand tu prends une pause au bureau, tu peux aller voir l'un de tes auteurs préférés en un seul clic.»

En plus de faciliter la diffusion, les blogues BD permettent aux auteurs d'expérimenter de nouvelles avenues. «Les contraintes ne sont pas les même que dans un livre, explique Zviane. Sur le Web, on ne tourne pas les pages. Ça change complètement le rythme de lecture. Les bédéistes doivent adopter leur structure narrative en conséquence.»

Les blogueurs font souvent de longues pages verticales où l'action de défiler crée la dynamique de l'histoire. D'autres vont plus loin dans l'exploration des possibilités offertes par l'écran en intégrant de l'animation à leurs cases. «Mais c'est assez rare», estime Julie Delporte.

Au Québec, le blogue BD demeure émergent, contrairement à l'Europe où un festival y est même consacré. «Pour l'instant, j'ai l'impression qu'ici, c'est un phénomène créé par les auteurs pour les auteurs», croit Simon Banville, un artiste et blogueur montréalais.

Quant à savoir si le blogue BD remplacera un jour le format papier, difficile à prédire. «Je préfère nettement tenir un livre entre mes mains plutôt que de lire sur Internet, affirme Julie Delporte. Ce n'est pas du tout le même plaisir.»