Mort tragiquement il y a bientôt trois ans, Anthony Bourdain n’avait jamais publié un guide de voyage. Son assistante, Laurie Woolever, fait paraître un livre posthume qui réunit des souvenirs et quelques bonnes adresses de l’animateur de Layover et de Parts Unknown. Un tour du monde en 43 pays pour se souvenir de lui.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

Un guide de voyage qui porte la signature d’un auteur disparu il y a trois ans alors qu’on ne peut même pas voyager ? Avouons que le nouveau livre signé Anthony Bourdain, World Travel, arrive à un drôle de moment.

Sans compter que cet ancien chef devenu auteur et animateur de télévision avait déjà affirmé qu’il n’était pas très adepte des guides de voyage. Ce n’est pas le type d’ouvrage qui seyait à son style très instinctif, plutôt axé sur la rencontre avec les gens que sur la dernière adresse à la mode.

Reste que Bourdain a beaucoup voyagé dans sa vie et que chacune de ses visites a transformé le moindre boui-boui en succès commercial. Un exemple : Bung Cha Huong Lien, à Hanoï, où il a partagé une bière et une bouchée avec Barack Obama. Depuis le passage des deux hommes, le restaurant familial aux murs ornés de leurs photos ne désemplit plus. Au fil des ans, Anthony Bourdain était devenu une véritable icône.

Un assemblage de textes

Comment assembler un guide de voyage quand l’auteur n’est plus de ce monde ? C’est vraiment à son assistante, Laurie Woolever, qu’on doit ce livre. C’est elle qui a choisi les destinations parmi toutes celles visitées par Bourdain. Elle a retranscrit des textes à partir des émissions de télé et de leurs conversations, elle a consulté son entourage et a revérifié chaque adresse pour s’assurer qu’elles étaient toujours ouvertes. Pour certaines destinations, elle s’est permis d’ajouter quelques coups de cœur qu’elle a présentés comme des « endroits où elle emmènerait Tony » … s’il était encore de ce monde.

PHOTO FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

Laurie Woolever et Anthony Bourdain

Le résultat : une mosaïque de fragments de textes et d’adresses qui ne surprendront pas le voyageur averti, mais qui rappellent tout de même de bons souvenirs de Bourdain. Chaque ville est accompagnée des commentaires de l’animateur, suivis d’une ou deux suggestions d’hôtels et de quelques bonnes tables. (Était-ce vraiment nécessaire de présenter les gares et les aéroports dans un guide qu’on lira davantage par nostalgie que pour découvrir une destination ? Pas sûr…)

Pour être honnête, ce guide ne deviendra pas un incontournable pour planifier nos voyages. On n’y trouve pas les restaurants à la mode ou les nouveaux hôtels. Lire World Travel, c’est avant tout revisiter le style Bourdain, qui passait d’abord par la rencontre avec l’humain derrière l’enseigne.

L’ancien chef était un être charismatique qui connectait vraiment avec les gens, et c’est avant tout ce qui distinguait ses émissions de toutes les autres émissions de voyage et de cuisine. Si on lit ce livre, c’est pour retrouver un peu de son âme.

Le vrai monde

Parmi les 69 villes présentées dans l’ouvrage de près de 500 pages, on retrouve Montréal. Anthony Bourdain a eu un véritable coup de foudre pour notre métropole où il a tourné trois émissions. « Toronto, Vancouver, je vous aime, a-t-il déjà déclaré. Mais pas comme Montréal. » Ces choix de restaurants reflètent les amitiés qu’il a tissées ici : Normand Laprise chez Toqué, Martin Picard au Pied de cochon et Fred Morin et David McMillan chez Joe Beef.

Bourdain avait un faible pour les lieux sans prétention, on retrouve donc aussi la Brasserie sportive Capri, rue Wellington, dans Pointe-Saint-Charles (ne vous précipitez pas, c’est fermé durant la pandémie). Il a également beaucoup apprécié le smoked meat du Schwartz’s Deli.

L’Espagne et l’Asie au sommet

La plupart des adresses proposées dans le livre reflètent le parti pris de Bourdain pour les gens et les lieux sans chichi, dirigés par des chefs souvent plus grands que nature qui sont aussi des personnages : Ferguson Henderson chez St-John, à Londres ou encore, le célèbre Jiro à Tokyo.

Son guide présente aussi quelques indémodables comme le bistro Paul Bert à Paris ou la pizzeria Spiritus à Provincetown.

Au total, on fait un tour du monde en 43 pays avec un arrêt marqué dans plusieurs pays d’Asie et en Espagne, les deux endroits dans le monde où on mange le mieux, selon Bourdain. On retrouve bien sûr sa visite chez le chef Juan Mari, à Saint-Sébastien, celui qu’il appelait son « deuxième père ».

Anthony Bourdain a découvert le monde en allant à la rencontre de ses habitants. Il nous a appris qu’au-delà d’un plat parfaitement exécuté ou d’un vin d’exception, c’est le lien qu’on établit avec l’autre qui fait qu’une visite est inoubliable. On lira ce livre, et tous ses autres, pour garder son souvenir bien vivant.

IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

World Travel : An Irreverent Guide de Anthony Bourdain et Laurie Woolever

World Travel : An Irreverent Guide
Anthony Bourdain et Laurie Woolever
Ecco
480 p. En anglais seulement pour l’instant