(Québec) Haut lieu patrimonial incontournable du Quartier latin de Montréal, l’édifice de la bibliothèque Saint-Sulpice doit retrouver « ses lettres de noblesse », demande le milieu du livre, qui rêve d’un « repère de la littérature québécoise » à deux pas de la Grande Bibliothèque.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le mot « repère » est en fait mis de l’avant par Manon Massé, députée de Québec solidaire de la circonscription, et par Ruba Ghazal, sa collègue du Plateau Mont-Royal. Les deux politiciennes ont rassemblé les forces vives de la littérature pour sonder le genre de projet qu’elles souhaitent pour l’édifice, vidé de ses collections en 2005 et depuis inoccupé.

« La bibliothèque Saint-Sulpice a déjà une âme. Le bâtiment a une âme. C’est une bibliothèque, et en ce sens, on pense qu’on doit en faire le repère de la littérature québécoise », affirme Manon Massé en entrevue avec La Presse.

« Depuis 2005 que le bâtiment est abandonné. Chaque année qu’on attend, on est assuré que ça va coûter plus cher. […] Si la Coalition avenir Québec veut honorer la langue française à Montréal, elle a un moyen simple à sa portée. Faire de la bibliothèque Saint-Sulpice un [incontournable] pour la littérature québécoise », ajoute-t-elle.

Une saga sans fin

L’édifice de style Beaux-Arts, classé immeuble patrimonial en 1988, fait couler beaucoup d’encre depuis des années. En 2015, La Presse avait révélé que le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait tenté de le vendre au privé, ce qui avait fait scandale. Un projet de laboratoire techno pour adolescents avait ensuite été annoncé, en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Mais le gouvernement Legault a mis fin à l’aventure.

« Quand elle va être construite, déjà, la technologie sera dépassée. […] On a tout arrêté ça, en demandant de refaire le travail quant aux sommes qui pourraient être investies », a récemment déclaré la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, au Devoir.

BAnQ assure pour l’instant l’entretien et la sécurité de l’édifice, sans vocation, sous son égide. Les libéraux réclamaient cette semaine que la ministre honore son « devoir de préservation du bâtiment et […] d’exemplarité en matière de protection de notre patrimoine ». De son côté, le milieu littéraire s’inquiète.

Selon Suzanne Aubry, présidente de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, la présente situation du bâtiment est « dramatique ». Elle presse le gouvernement d’annoncer un projet concret.

« Avec la pandémie, le confinement fait en sorte que les Québécois se sont remis à la lecture. Il y a un engouement pour le livre, ça se sent à tous points de vue. Ça doit s’incarner dans la bibliothèque Saint-Sulpice », estime-t-elle, appuyant avec enthousiasme la proposition des députées solidaires.

« Il est temps qu’un projet voie le jour et qu’on arrête de dire qu’il y a un projet qui va naître, alors que les années passent et que finalement on l’abandonne. Redonnons à la bibliothèque Saint-Sulpice ses lettres de noblesse », ajoute sa collègue Katherine Fafard, directrice générale de l’Association des libraires du Québec.

Comme la Maison de la littérature

Ruba Ghazal s’inquiète que la bibliothèque Saint-Sulpice subisse le même sort que de nombreux bâtiments patrimoniaux laissés à l’abandon depuis quelques années au Québec.

Pourquoi chercher midi à quatorze heures, se creuser la tête pour savoir quel projet faire ? C’est une bibliothèque. Que ça soit un endroit pour la littérature.

Ruba Ghazal, députée de Mercier de Québec solidaire

La députée montréalaise donne l’exemple de la Maison de la littérature, qui trône au cœur du quartier historique du Vieux-Québec.

PHOTO NADIA MORIN, TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LA MAISON DE LA LITTÉRATURE

L’intérieur de la Maison de la littérature, au cœur du quartier historique du Vieux-Québec

Le lieu est aménagé dans l’ancien temple Wesley, qui a été la première église de style néogothique de Québec, construite en 1848. En partenariat avec la Ville et l’Institut canadien de Québec, le lieu a depuis été entièrement réaménagé et sert de centre de création littéraire, de diffusion, d’écriture et de lecture, entre autres.

Ruba Ghazal interpelle le premier ministre François Legault, chez qui elle reconnaît le souci de l’importance de la lecture, puisqu’il fait fréquemment part de ses coups de cœur littéraires.

« Au lieu de laisser l’édifice de la bibliothèque Saint-Sulpice à l’abandon encore trop longtemps, le milieu du livre veut un repère de la littérature. Il faut que le gouvernement soit à l’écoute du milieu », affirme-t-elle.

« La bibliothèque Saint-Sulpice est un lieu qui gagne à être mis à profit. Ça pourrait être complémentaire à la Grande Bibliothèque », affirme pour sa part Karine Vachon, directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres.