L’axe Bretagne-Japon, une disparition douloureuse, un protagoniste en quête de réponses : pas de doute, on est bien chez Olivier Adam, qui, depuis son premier roman Je vais bien, ne t’en fais pas, continue de s’intéresser à ce qui se passe quand les fils invisibles qui unissent des individus se rompent.

Publié le 7 févr. 2021
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Ici, Nathan, propriétaire d’un cinéma d’auteur dans une petite ville de Bretagne, est dans tous ses états depuis que son ex Jun, qu’il avait rencontrée lors d’un voyage au Japon, est disparue sans avertissement avec leur fils Léo. Le choc initial passé, il comprend rapidement que faisant fi de leur entente de garde partagée, Jun est retournée au Japon, où les droits des pères venant d’un autre pays, en cas de séparation, sont inexistants.

Tout peut s’oublier raconte donc les démarches de Nathan pour retrouver Jun et surtout Léo, et les nombreux obstacles qu’il rencontre. Narré à la troisième personne avec parfois d’étranges sauts dans les niveaux de langage, il y a aussi des retours en arrière, tant dans l’enquête que mène Nathan que dans sa vie personnelle d’homme légèrement apathique qui comprend rarement ce qui lui arrive.

Entre des commentaires sur la situation sociale en France et le cinéma populaire, la peine de sa voisine Lise dont le fils devenu militant extrémiste s’est éloigné d’elle et l’angoisse de deux frères qui recherchent leur sœur disparue au Japon, Olivier Adam ratisse large, peut-être un peu trop pour qu’on s’attache vraiment au personnage central. Alors que certaines trames secondaires (pas toutes) sont à peine esquissées et semblent superflues, là seulement pour montrer que le monde dans lequel Nathan était à son aise s’effrite.

Quand, vers la fin, Nathan vit une expérience totalement traumatisante au Japon, ce changement de ton pour le moins déroutant ne peut que nous rendre encore plus empathiques à la cause du père désespéré, même s’il ne perdra jamais son côté inconsistant. Reste que la conclusion de ce livre quand même anxiogène – être séparé pour toujours de son enfant vivant est probablement un des pires cauchemars d’un parent – est vraiment douloureuse et mérite qu’on se pose la question : est-ce que tout peut s’oublier, comme dit Jacques Brel dans sa chanson ? Difficile de le savoir, et Olivier Adam lui-même, en auteur expérimenté et intelligent, ne donne pas non plus la réponse.

★★★
Tout peut s’oublier
Olivier Adam
Flammarion
264 pages