Il y a deux ans, le public découvrait les magnifiques portraits de Michelle et Barack Obama peints par les artistes afro-américains Amy Sherald et Kehinde Wiley. Depuis qu’ils sont exposés au Smithsonian National Portrait Gallery, le musée de Washington a vu le nombre de ses visiteurs doubler. 

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

IMAGE FOURNIE PAR PRINCETON UNIVERSITY PRESS

The Obama Portraits, de Taina Caragol, Dorothy Moss, Richard Powell et Kim Sajet, Princeton University Press, 152 pages. En librairie le mardi 11 février.

Dans un livre à paraître cette semaine, on raconte l’histoire derrière le retentissement exceptionnel suscité par ces deux tableaux qui rompent avec la tradition des portraits présidentiels. Et on en apprend davantage sur ce qui a motivé les Obama dans le choix des artistes ainsi que sur le message que ce couple hors de l’ordinaire a voulu transmettre à travers ces peintures. La Presse s’est entretenue avec deux des quatre auteurs du livre, Dorothy Moss et Taina Caragol, conservatrices au National Portrait Gallery.

Transmettre l’histoire

Pour son portrait, Michelle Obama portait une robe aux motifs géométriques signée Michelle Smith for Milly. Elle a adopté une pose qui n’est pas classique, car, disait-elle, elle est originaire d’une famille qui n’a pas l’habitude de poser pour un portrait. Pour la peintre Amy Sherald, les motifs de la robe, qui rappellent Mondrian, renvoient aussi à la tradition des courtepointes de Gee’s Bend, un groupe d’artisanes noires de l’Alabama. « Le ton est donné, note la conservatrice Dorothy Moss. Le tableau ne doit pas seulement être beau et plaisant à regarder. Il communique quelque chose sur l’histoire et le contexte politique. »

Briser la tradition

PHOTO TIRÉE DU LIVRE THE OBAMA PORTRAITS

Barack Obama, par Kehinde Wiley

« Les Obama ont choisi deux artistes qui utilisent le vocabulaire de la peinture pour redonner une visibilité aux personnes de couleur qui ont vécu en marge de l’histoire », note Dorothy Moss. « Le portrait de Barack, peint par Kehinde Wiley, tranche avec la tradition, ajoute Taina Caragol. Habituellement, on retrouve des éléments de la Maison-Blanche ou du bureau Ovale dans un portrait présidentiel. Ici, le fond végétalisé communique une idée de fraîcheur et de vitalité. Les feuilles et les fleurs renvoient aux différents lieux où il a vécu. L’ensemble transmet l’idée d’une masculinité et d’un pouvoir doux. »

Repenser des classiques

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Napoleon Leading the Army over the Alps, 2005. Actuellement exposé au Brooklyn Museum.

« Kehinde Wiley est un peintre magnifique, observe la conservatrice Taina Caragol. Il utilise les conventions du portrait traditionnel – dans ce cas-ci, le cheval, l’épée, certains gestes qui communiquent une idée de grandeur – et les attribue à ses contemporains, à des femmes et des hommes noirs inconnus. En leur prêtant des symboles associés au pouvoir, c’est comme s’il renversait les rapports de forces. Le choix de cet artiste en dit beaucoup sur la conscience qu’avait Barack Obama de communiquer quelque chose de différent et de rompre avec la tradition. » Cette toile s’inspire de l’œuvre de Jacques-Louis David, intitulée Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard.

Rendre l’art accessible

PHOTO TIRÉE DU LIVRE THE OBAMA PORTRAITS

Miss Everything : Unsuppressed Deliverance. 2013

« J’aime les portraits d’Amy Sherald car ils sont remplis d’espoir, souligne la conservatrice Dorothy Moss. Ce qui est intéressant dans son approche, c’est entre autres son utilisation du gris pour la peau. Sherald raconte que, petite, elle n’a jamais vu de portraits d’Afro-Américains dans les musées. Même chose lorsqu’elle était étudiante en histoire de l’art. Sa seule référence au portrait d’une personne de couleur, c’était la photographie. C’est pour cette raison qu’elle utilise des tons de gris, comme dans un cliché en noir et blanc. »

Coup de foudre

PHOTOS TIRÉES DU LIVRE THE OBAMA PORTRAITS

Michelle Obama et Amy Sherald

« Les Obama avaient demandé aux gens du Smithsonian National Portrait Gallery de leur soumettre une liste d’artistes afro-américains. Ce sont des collectionneurs qui comprennent le rôle que la peinture a joué dans l’établissement des structures sociales. Michelle Obama avait un intérêt marqué pour les talents émergents. Quand elle a rencontré Amy Sherald, elle est littéralement tombée amoureuse d’elle. Elle aimait son style, sa posture, son utilisation de la couleur. Et elle partageait avec elle cette volonté d’inspirer les jeunes. »

Un message d’espoir

PHOTOS TIRÉES DU LIVRE THE OBAMA PORTRAITS

La jeune Parker Curry devant la toile de Michelle Obama. L’image a fait le tour des réseaux sociaux en 2018.

La jeune Parker Curry a été photographiée par ses parents devant la toile de Michelle Obama en 2018. L’image avait alors fait le tour des réseaux sociaux. « La tradition des portraits présidentiels de la National Portrait Gallery remonte à 1994 et elle est très importante pour les Américains, affirme Dorothy Moss. C’est notre exposition la plus visitée. Quand on se promène dans la salle où se trouvent les portraits présidentiels, vous remarquez tout de suite les portraits des Obama. Ils se distinguent par leur couleur, leur dynamisme. Ils sont très contemporains et transmettent un message d’espoir pour les générations futures. Ils s’inscrivent tout à fait dans la mission de notre musée d’être plus inclusif et de faire une plus grande place à la diversité. »

En juin 2021, les portraits des Obama partiront en tournée dans cinq villes américaines. Voici les dates : 

• Art Institute of Chicago : 18 juin au 15 août 2021
• Brooklyn Museum : 27 août au 24 octobre 2021
• Los Angeles County Museum of Art : 5 novembre 2021 au 2 janvier 2022
• High Museum of Art, Atlanta : 14 janvier au 13 mars 2022
• The Museum of Fine Arts, Houston : 27 mars au 30 mai 2022

The Obama Portraits, de Taina Caragol, Dorothy Moss, Richard Powell, Kim Sajet, Princeton University Press, 152 pages. En librairie le mardi 11 février.