Ne pas se fier au titre du livre ni à la photo de couverture. Malgré les apparences, Beautiful Boy n’est pas un livre sur John Lennon. Enfin si. Enfin non.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Beautiful Boy raconte d’abord l’histoire d’une relation père-fils. Anton Winter, 23 ans, revient à New York au début de l’année 1980 après avoir contracté la malaria en Afrique. Il retrouve son père Buddy Winter, célèbre animateur de talk-show déchu depuis qu’il a fait une dépression et quitté le plateau en direct. Anton devient bientôt l’assistant personnel de Buddy et se voit chargé d’orchestrer le grand retour de son papa au petit écran. Chose plus facile à dire qu’à faire, sauf si l’on peut compter sur un coup de pouce de la part de John Lennon.

Il faut savoir que la famille Winter vit dans le célèbre immeuble du Dakota, et que l’ex-Beatle est un de leurs voisins. Anton développera avec le chanteur une improbable amitié, centrée sur leur passion commune de la voile (!), une des dernières passions de Lennon avant sa mort… dont on célébrait justement le 40anniversaire la semaine dernière.

Ne pas s’y tromper. L’auteur d’Imagine n’occupe ici qu’un rôle secondaire, quoique de plus en plus important au fil du livre. Mais il tient la vedette dans une scène de tempête maritime mémorable, où lui-même semble faire la paix avec son propre père, un marin irresponsable qui avait disparu de sa vie assez tôt.

Tom Barbash signe ici un autre de ces « romans new-yorkais » qui font la beauté de la littérature américaine. Il fait revivre le Big Apple de 1980, et traduit avec brio le contexte social, politique et culturel d’une époque (les otages en Iran, Ted Kennedy, les Jeux de Lake Placid). Beautiful Boy est aussi l’occasion de découvrir la vie derrière les murs du Dakota et celle des célébrités une fois le rideau baissé. Barbash signe une fresque familiale subtile, avec des personnages attachants et un art nuancé du récit, pour un roman qui se laisse lire avec plaisir même si l’on en connaît tous l’inéluctable et fatal dénouement du 8 décembre 1980, du reste raconté avec beaucoup de pudeur et d’élégance par l’auteur.

★★★½

Beautiful Boy
Tom Barbash
Traduit par Hélène Fournier
Albin Michel
400 pages