(Rennes) L’écrivaine féministe camerounaise Djaïli Amadou Amal, qui entend « porter la voix des femmes du Sahel », a séduit les jeunes jurés du prix Goncourt des Lycéens avec Les impatientes, un roman à forte dimension autobiographique, qui explore mariage forcé et polygamie.

Hélène DUVIGNEAU
Agence France-Presse

« L’écriture est simple et touchante et sonne juste, sans lyrisme superflu. C’est un livre subtil qui permet d’observer la question du mariage forcé par le prisme de ce témoignage émouvant », a déclaré mercredi par visioconférence la présidente du jury Clémence Nominé, 16 ans, qui s’exprimait depuis un bureau de son établissement, le lycée Louis de Cormontaigne de Metz.

L’autrice des Impatientes, vedette dans son pays, l’a emporté avec dix voix sur douze, devant Lola Lafon (Chavirer) et Miguel Bonnefoy (Héritage).

« Pour moi ce prix représente beaucoup. Quand on parle des violences faites aux femmes, que ce soient les jeunes qui soient sensibles à ce sujet là, quand on parle de mariage précoce et forcé, quand on parle des violences physiques, morales […] en réalité ça signifie un espoir pour l’avenir », a déclaré Djaïli Amadou Amal, que la presse camerounaise surnomme « la voix des sans voix ».

Les impatientes, qui avait créé la surprise en figurant parmi les quatre finalistes du Goncourt, décrit une société patriarcale empreinte d’hypocrisie, qui brise les femmes dès leur plus jeune âge en leur refusant notamment l’accès à l’éducation. Le roman donne la parole à trois femmes peules à qui l’on ne cesse d’assener « “Munyal” », patience en peul, pour leur faire accepter leur destin à savoir le mariage forcé et la polygamie.

« Les scènes qu’elle décrit sont très touchantes, parfois violentes, on se met à la place des personnages. Ce livre amène les lecteurs à se battre et on espère que ce prix aura un impact sur le monde entier », a déclaré à l’AFP Clémence Nominé, élève de 1re.

Née dans le nord du Cameroun d’une mère égyptienne et d’un père camerounais, Djaïli Amadou Amal est mariée à l’âge de 17 ans à un quinquagénaire qu’elle ne connaissait pas, elle parvient à divorcer cinq ans plus tard.

« Un espoir pour les jeunes filles »

Dix ans après, elle se remarie, mais est victime de violences conjugales. Alors qu’elle parvient à s’échapper de l’emprise de cet homme, il kidnappe ses deux filles pour la faire revenir. Dans le même temps, elle s’accroche pour terminer un BTS en gestion.

Son salut, elle le trouvera dans la lecture puis dans l’écriture en 2010, avec Walaande, l’art de partager un mari. Ce roman raconte l’attente sans fin de quatre femmes mariées au même homme. Le livre est un succès de librairie au Cameroun où elle accède à la notoriété.

Dans Les impatientes, la romancière, dont c’est le quatrième roman et la première publication en France, s’attache aussi à montrer à quel point les femmes, d’abord victimes, reproduisent de manière inconsciente ces violences chez leurs filles.

Djaïli Amadou Amal a créé en 2012 l’association Femmes du Sahel, qui œuvre en faveur de l’éducation des filles de la région.

« Ce prix est un espoir pour toutes les jeunes filles en Afrique, mais aussi parce qu’il montre aux jeunes auteurs africains qu’il n’y a pas besoin de s’exiler, qu’on peut très bien faire vivre la littérature africaine en Afrique et la faire rayonner dans le monde », a-t-elle déclaré à l’AFP.

L’écrivaine a été lauréate du Prix de la meilleure auteure africaine 2019 et du Prix Orange du livre en Afrique 2019.

Créé à Rennes en 1988 et organisé conjointement par la Fnac et le ministère de l’Éducation nationale, le Goncourt des Lycéens est une aventure dans laquelle embarquent chaque année dès la rentrée de septembre environ 2000 lycéens, appartenant à une cinquantaine d’établissements scolaires, de la seconde au BTS.