Jonathan Bécotte fait partie de ces rares auteurs dont la plume est à ce point délicate qu’elle devient puissante. Salué pour ses deux premiers romans, Souffler dans la cassette et Maman veut partir (Leméac Éditeur), le jeune écrivain vient de publier Comme un ouragan (Éditions Héritage), récit poétique d’un garçon dépassé par ses émotions.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Premier titre de la collection Unik, qui souhaite rejoindre un jeune lectorat avec une prose poétique accessible tout en misant sur une présentation visuelle qui fait vibrer le texte et qui épouse les mouvements du récit, le troisième roman de Jonathan Bécotte a tout pour plaire aux adultes. « Je suis lu dans certaines écoles, mais la majorité de mon lectorat est composé de gens de ma génération, dit l’auteur de 33 ans. Puisque j’évoque parfois des souvenirs des années 90, les gens de mon âge se reconnaissent. En même temps, beaucoup d'enfants vivent exactement ce que je raconte dans leur quotidien. »

Quiconque découvre – et savoure – la force brute de son écriture peut imaginer que l’auteur a une compréhension fine des humains qui ont l’impression d’avoir un ouragan dans le ventre.

Quand j’étais enfant, ma sensibilité était peut-être trop grande pour qui j’étais. J’ai dû apprendre à vivre avec l’anxiété et les émotions fortes. J’étais toujours à fleur de peau. Un rien me faisait pleurer et un rien m’émerveillait. J’ai toujours su trouver le beau et la poésie dans tout.

Jonathan Bécotte

Sensible et attachant, son personnage a pourtant la conviction d’être défectueux. Comme s’il était un morceau de casse-tête qu’on essayait de caser dans un espace et que les bouts ne correspondaient pas au reste du puzzle. « Un jour, la pièce va finir par passer, à force d’en abîmer les côtés… Quand on est en marge, on a l’impression de ne pas être fait pour le monde qui a été construit pour une certaine frange de la population. On se demande pourquoi son morceau ne rentre pas dans la grande fresque de la société, si on doit le découper, trouver un autre casse-tête ou construire le sien en dehors des conventions. »

Une tempête intérieure

Le garçon de l’histoire manque d’air en permanence. Il court après lui-même. Et il se sent de moins en moins capable de contenir ses rafales. « Je voulais jouer sur l’image du vent et du souffle, explique Jonathan Bécotte. Mon personnage se demande ce qui va se passer lorsqu’il va respirer et se libérer, ce qui va se fracasser et ce qui va changer autour de lui. À force de retenir ses rafales, il se bloque et il s’étouffe avec son propre vent. »

  • Extrait de Comme un ouragan

    IMAGE FOURNIE PAR L’ÉDITEUR

    Extrait de Comme un ouragan

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    Extrait de Comme un ouragan

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    Extrait de Comme un ouragan

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Le personnage tente de retenir sa sensibilité, en plus de réaliser que l’affection qu’il porte à son meilleur ami s’est transformée en amour. Cela dit, le récit s’intéresse moins à la notion d’homosexualité qu’à l’importance d’assumer sa vérité, quelle qu’elle soit. « Par exemple, ça peut être un enfant dont les parents ont tracé une ligne de vie qui ne lui convient pas, et qui choisit de s’écouter. Il ne faut pas avoir peur de dire sa vérité, de la faire retentir. »

Au début du secondaire, Jonathan Bécotte a lui-même apprivoisé sa nature émotive en lisant le roman Les fleurs sur la neige d’Élisa T. « C’était le premier roman que je lisais avec un personnage qui souffre et qui le partage. C’est un peu trash, car la petite fille vit des malheurs et subit des violences physiques, mais le simple fait de voir des gens qui ont mal m’a permis de comprendre que c’était correct de ressentir ces émotions. Ce n’est pas vrai que la vie est toujours belle, mais elle ira bien mieux si tu acceptes ces émotions. »

Ayant entrepris cet automne son premier contrat d’enseignant dans une classe réunissant des élèves de cinquième et de sixième année du primaire, l’écrivain-enseignant a vu quelques jeunes aux prises avec des tourbillons émotifs comme ceux de son personnage. « C’est important de les valider. On dit souvent de laisser les enfants être des enfants et de les laisser jouer, mais il faut aussi les laisser vivre des émotions fortes, plutôt que de les pousser à se ressaisir rapidement. Sinon, ils risquent de se réprimer et de s’éteindre. »

Jour après jour, Jonathan Bécotte guide les enfants à composer avec leurs rafales intérieures. « Quand ils ont besoin de déborder, je les laisse déborder. Ça leur fait vraiment du bien ! »

> Jonathan Bécotte offre, jusqu'au 20 novembre, des dédicaces virtuelles dans le cadre du Salon du livre de Montréal.