Menée dans la foulée des dénonciations qui ont aussi secoué le milieu littéraire cet été, une enquête effectuée début octobre par l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) révèle qu’une écrivaine sur trois a été victime de harcèlement.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

« Près d’un quart des 444 répondant(e)s déclarent avoir subi au moins une fois un comportement répétitif ou une seule conduite grave. Ce taux passe à 32,8 % quand il s’agit de femmes ou de personnes issues des minorités de genre », précise le communiqué de l’UNEQ envoyé mardi matin.

Des chiffres qui font « froid dans le dos », a déclaré par voie de communiqué la présidente de l’UNEQ, Suzanne Aubry. « Ces données doivent nous alerter sur l’ampleur d’un phénomène tenu secret trop longtemps. »

Le déséquilibre dans les rapports de force est une des sources du problème, déplore l’UNEQ : 41 % des personnes qui ont répondu estiment avoir ressenti au moins une fois le déséquilibre du rapport de force avant et au moment de la négociation d’un contrat d’édition, 40,5 % dans des échanges privés ou publics, et 36 % lors d’événements littéraires.

Parmi les personnes qui disent avoir été harcelées, la grande majorité (59 %) déclare « ne pas avoir tenté de parler à l’un des responsables de l’entreprise ou de l’organisation, car c’était impossible ou par peur des conséquences ».

L’absence de prévention, mais aussi de recours — méditation, arbitrage, sanctions, accompagnement des victimes, processus de justice réparatrice — est d’ailleurs un des problèmes majeurs dans le milieu littéraire, estime l’UNEQ. L’organisation dénonce la « loi du silence » qui en découle et continue de réclamer des ententes collectives qui serviraient de balise pour le milieu et de soutien pour les victimes.

« Un recours en médiation, par exemple, permettrait à l’UNEQ de représenter un(e) membre dans une démarche de grief et ainsi d’éviter qu’il ou elle ne soit seul. e face à son interlocuteur, souvent placé en position de force », explique le directeur général de l’UNEQ, Laurent Dubois, dans le communiqué.

L’enquête indique d’ailleurs que « 88,2 % des personnes qui se sont prononcées estiment nécessaire de disposer de mesures de griefs, de médiation et d’arbitrage ».

Cette enquête a été menée au début du mois d’octobre auprès des écrivaines et écrivains, membres ou non de l’UNEQ. L’association répondait ainsi à l’appel d’un groupe de femmes et de minorité de genre qui ont réclamé cet été dans une lettre ouverte de meilleures pratiques dans le milieu littéraire. Les signataires affirmaient entre autres que « les violences à caractère sexuel y étaient répandues, protéiformes, banalisées et tacitement acceptées ». Le résultat semble leur donner raison.

« La situation est maintenant connue de toutes et tous, personne ne peut décemment la nier dans le milieu comme au gouvernement », a déclaré la présidente Suzanne Aubry.

« Nous, écrivaines et écrivains québécois, sommes plus que jamais déterminé(e)s à en finir avec ces comportements toxiques et ces abus de pouvoir à répétition. Cette situation ne peut plus durer ! Il est grand temps de changer complètement de paradigme et d’instaurer un véritable dialogue social. Nous nous rassemblons, solidaires, unis, pour dénoncer, certes, mais aussi pour obtenir une justice réparatrice et une protection décente pour les autrices et les auteurs que nous représentons. »