Catherine Girard-Audet avait commencé à écrire le 13e tome de La vie compliquée de Léa Olivier quand « la Terre a arrêté de tourner », comme elle dit. Soit – on l’aura compris – quand la pandémie de coronavirus a frappé le Québec. Forcée de revoir ses plans, l’autrice s’est résolue à… confiner sa Léa. Explications en quatre points.

Marie Allard
Marie Allard La Presse

Ancrée dans la réalité

Léa Olivier devait finir sa 5secondaire dans le 13tome de ses aventures. Or, un méchant virus a chamboulé les plans de tout le monde – dont Catherine Girard-Audet, sa créatrice. Soudainement, « je n’avais plus le temps d’écrire un tome énorme comme je fais d’habitude, dit l’autrice. Avec ma fille de 5 ans à la maison, ça n’avait pas de bon sens. »

Autre souci : un roman sans pandémie aurait sonné faux. « J’ai toujours été très collée sur la réalité, fait valoir Catherine Girard-Audet. Quand j’ai pris conscience qu’on était en train d’écrire une page d’histoire, je me suis dit qu’il fallait l’intégrer dans Léa Olivier. Sinon, mes lectrices auraient pu être frustrées et dire : “Ah OK, Léa a une vie normale et pas nous ?” » Solution : un tome 13.1, dans lequel un virus frappe la planète, sort le 6 août. La suite (le tome 13.2) sera publiée en novembre.

Écriture difficile

Écrire ce tome 13.1 n’a pas été facile. Revenant de la Foire du livre de Bruxelles, qui s’est terminée le 8 mars, Catherine Girard-Audet s’est d’abord placée en quarantaine. « J’étais paralysée, se souvient-elle. Au début, je n’avais pas envie d’écrire du tout. » Elle s’y est pourtant remise, tant bien que mal. « Ça a été dur, n’importe qui avec des enfants le sait, souligne-t-elle. Je suis quelqu’un qui a besoin d’espace pour créer, qui a besoin de solitude, et je l’ai perdue. En même temps, je ne voulais pas que ma fille vive un traumatisme. Je voulais être là pour elle. »

Cette double culpabilité a alimenté le personnage de Nicole, dans Léa Olivier. « Soit je me sens nulle au travail, soit je me sens dépassée dans mon rôle de mère », confie Nicole en plein confinement. « Écrire m’a servi d’exutoire », reconnaît Catherine Girard-Audet. Quand Léa trouve que son frère mâche trop fort (!), c’est une anecdote de confinement vécue par l’autrice. Pareil quand un petit enfant hurle : « J’ai fini mon caca ! » en pleine réunion Zoom…

L’amour a pris son temps

Dans ce nouveau tome, le personnage de Marilou dit à son petit frère Zack qu’il est normal de ne pas ressentir de sentiment amoureux à 12 ans. Le but, c’est d’aider les lecteurs de cet âge qui se posent des questions ? « Complètement, répond Catherine Girard-Audet. J’étais comme ça aussi, à 12 ans. Ça m’a pris du temps avant d’être attirée par quelqu’un. Ça peut être comme ça, peu importe que tu sois attirée par les gars, par les filles, par rien ou par les deux. Il y a certaines personnes pour qui c’est juste long, d’autres qui se cherchent. Je voulais rendre cette ambiguïté. »

Malgré son manque d’intérêt, Zack sort avec une fille. « La vérité, c’est que les trois quarts des petits gars et des petites filles vont quand même sortir avec quelqu’un pour ne pas être jugés, dit Catherine Girard-Audet. Au moins, Zack en est conscient. »

Succès télé et cégep

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE CATHERINE GIRARD-AUDET

Laurence Deschênes, interprète de Léa Olivier dans la série télé, et Catherine Girard-Audet

La série télé La vie compliquée de Léa Olivier, avec Laurence Deschênes dans le rôle-titre, connaît un beau succès sur le Club Illico. « Dans le palmarès de janvier à juin, Léa Olivier a été la série la plus écoutée, souligne Catherine Girard-Audet. Je suis super contente. » La suite est sur la glace, en raison du coronavirus.

Heureusement, Léa peut continuer de vivre sur papier. Comme une vraie mère, son autrice tient à ce qu’elle poursuive ses études au cégep. « Ma crise d’adolescence, je l’ai vécue là, explique-t-elle. Je ne peux pas passer à côté, d’autant que je réalise que je ne suis vraiment pas la seule. Pour plein de monde, quand tu finis ton secondaire et que tu es propulsé au cégep, c’est rough. Plein de gens me disent : “Autant j’ai eu du fun, autant j’étais tellement perdu et, avec le recul, pas bien dans ma peau.” Pour moi, c’est une évidence de faire évoluer Léa au cégep. »

PHOTO FOURNIE PAR LES MALINS

La vie compliquée de Léa Olivier, tome 13.1 : Confinée, texte de Catherine Girard-Audet, illustration de Veronic Ly, éditions Les Malins.

Quand la réalité rejoint la fiction

Léa Olivier et ses amis vont bientôt finir le secondaire. Léa pense à la robe qu’elle choisira pour le bal et à Alex, qui (petit souci) ne veut pas officialiser leur couple. Un virus surgit soudain, si bien que la Santé publique ordonne la fermeture des écoles – et l’annulation du bal des finissants. Quoique raccourcie dans le temps (la pandémie ne frappe qu’en juin, chez Léa Olivier !), l’affolante période de confinement que tous les ados ont connue est bien décrite dans ce tome 13.1 des aventures de Léa Olivier. « Mon niveau d’hystérie est directement proportionnel à ton niveau de gossantitude », lance Léa à son frère – on salue le néologisme. Une lecture doudou de 261 pages pour les fans de la jeune femme aux cheveux couleur poil de maïs.

La vie compliquée de Léa Olivier, tome 13.1 : Confinée. Texte de Catherine Girard-Audet. Illustration de Veronic Ly. Éditions Les Malins. Dès 11 ans.