Dans les romans policiers, il est normal de trouver de vilains personnages. Dans Les cibles, le plus récent roman de Chrystine Brouillet, le personnage de Gilbert Baril est particulièrement exécrable : borné, violent, xénophobe, homophobe à l’excès. Il déteste son frère Marc-Antoine, intelligent, riche, gai, manifestement le favori de sa mère.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Le personnage du docteur Jérôme Tardieu n’est pas plus sympathique : contrôlant, il n’est pas question qu’il accepte que sa conjointe le quitte pour une femme.

L’ouvrier de la construction et le brillant chirurgien orthopédique pourraient-ils faire équipe pour régler leurs petits problèmes personnels ?

Ces sinistres personnages peuvent sembler un brin caricaturaux. Il suffit toutefois de suivre un peu les réseaux sociaux pour constater que de telles personnes existent vraiment.

Chrystine Brouillet aborde ainsi des thèmes d’actualité : l’homophobie, la violence contre les femmes, l’apparition de groupuscules d’extrême droite. Mine de rien, elle évoque aussi la question de la transmission des préjugés au sein de la famille.

L’écriture est simple, directe. L’intrigue, elle, est complexe à souhait. On compte quatre meurtres qui s’étalent sur une période de sept ans et qui semblent n’avoir aucun lien entre eux. Le lecteur connaît le fin mot de l’histoire parce qu’il suit les pas de Gilbert Baril et du Dr Tardieu depuis le début. La question est de savoir comment la détective Maud Graham et son équipe réussiront à relier les fils entre eux. Un peu de chance et beaucoup de déductions seront nécessaires.

Chrystine Brouillet campe fermement l’action dans divers lieux de la ville de Québec et, comme toujours, elle émaille son récit de délices gastronomiques.

La personnalité de Gilbert Baril laisse toutefois un vilain goût dans la bouche et on a presque envie de se laver les mains après avoir posé le livre. D’où vient cette haine, cette ignorance chez l’ouvrier ? Or, pour qui sait chercher, il y a des pistes d’explication bien discrètes ici et là.

Un roman policier qui présente une intrigue bien ficelée, c’est bien. Un roman policier qui fait aussi réfléchir sur des questions sociales, c’est encore mieux.

IMAGE FOURNIE PAR DRUIDE

Les cibles, de Chrystine Brouillet, Druide, 376 pages

★★★

Les cibles, de Chrystine Brouillet, Druide, 376 pages