C’est un astre lumineux qui s’est éteint dans le ciel de la poésie québécoise vendredi soir à Montréal. Auteur d’une soixantaine de titres traduits en une douzaine de langues, Claude Beausoleil a écrit jusqu’à son dernier souffle et a été, sa vie durant, un infatigable ambassadeur de notre littérature à travers le monde.

MARIO CLOUTIER
COLLABORATION SPÉCIALE

Claude Beausoleil est mort à l’âge de 71 ans chez lui à la suite d’un cancer fulgurant. Poète, mais aussi essayiste, professeur, traducteur, critique, romancier, et promoteur de la poésie, ici et ailleurs, Claude Beausoleil laisse derrière lui une œuvre immense ayant profondément marqué la littérature québécoise depuis 50 ans.

Tout premier Poète de la cité de Montréal en 2011, Claude Beausoleil a reçu plusieurs grands honneurs. En 2015, il a été récompensé du prix Heredia de l’Académie française. Il avait également reçu précédemment les prix Nelligan, Gatien-Lapointe–Jaime-Sabines, Alain-Grandbois, Louise-Labé et deux fois le Grand Prix du Festival international de poésie de Trois-Rivières.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Claude Beausoleil lors du dévoilement du nom du Poète de la Cité, en 2011

Décoré de l’Ordre des francophones des Amériques, Claude Beausoleil était également directeur de la revue de création poétique Lèvres urbaines. Il était également membre de l’Académie Mallarmé, qui n’avait accueilli en son sein qu’un seul autre Québécois, Gaston Miron.

Il est né à Montréal à l’intérieur d’un snack-bar que tenait sa mère – morte l’an dernier à l’âge de 92 ans – dans le quartier Saint-Henri.

Il a étudié notamment à l’UQAM et au collège Sainte-Marie, où il a fait la connaissance de son directeur littéraire aux Écrits des Forges, Bernard Pozier, et de sa compagne depuis 30 ans, la romancière Yolande Villemaire.

« La semaine dernière, Claude procédait encore aux corrections de son prochain recueil à paraître, Impasse des deux anges. Il a reçu les soins palliatifs à la maison et était bien entouré au moment de son décès », confie, émue, celle qui est aussi son exécutrice littéraire. Au moins quatre recueils de Claude Beausoleil sont encore dans les cartons aux Forges.

Il écrivait tout le temps et lisait beaucoup. On était complices et amis depuis toujours. C’était un grand ambassadeur de la poésie et de la culture québécoise, un poète qui avait du souffle. Il aimait parler de nos écrivains partout, même ceux qu’il aimait moins personnellement. Il avait beaucoup d’humour et a toujours été très ouvert aux autres.

Bernard Pozier

Depuis l’âge de 18 ans, Yolande Villemaire n’a jamais cessé de voir celui qu’elle surnommait affectueusement « le poète » sur l'internet.

« Quand son ami de l’Académie Mallarmé, Sylvestre Lancier, l’a su malade, il lui a écrit avec humour qu’il allait justement présenter sa candidature au prix Nobel. Claude lui a répondu qu’il avait déjà rédigé son discours, “Merci, thank you”, avant d’ajouter que c’était encore mieux que Bob Dylan. C’était un compagnon extraordinaire. »

Fréquentant assidûment la poésie mondiale, Claude Beausoleil a dirigé plusieurs anthologies, notamment de la poésie mexicaine, acadienne, suisse romande et, bien entendu, québécoise, en plus d’effectuer plusieurs tournées en France et en Europe pour faire connaître les écrivains d’ici.

« Le coup est dur, avoue l’écrivain et critique Stéphane Despatie. C’était un écrivain québécois au statut national et international. Il faisait le pont entre les pays et les générations. Il transportait le Québec partout. Il a tant fait pour la poésie. Il était de toutes les révolutions poétiques au Québec, comme chef de file. C’était un homme de vérité. Toute fausseté, pour lui, était grave. Il était un être lumineux. »

« Il disait que Gaston Miron était le cœur de la littérature québécoise et Hubert Aquin, le cerveau, poursuit le directeur de la revue Exit. Je crois que lui slalomait entre les deux. Je me rappelle un voyage avec lui en Allemagne. Dans une classe où il parlait de poésie, il allait chercher tous les jeunes, même celui assis au fond avec une casquette de travers. »

Pour lui et tant d’autres, Claude Beausoleil restera toujours ce « voyageur que le langage invente ».

« Un prof extraordinaire »

Claude Beausoleil a été un professeur très aimé au cégep Édouard-Montpetit à Longueuil, comme le montre le témoignage de son ancien élève Patrick Neault, sur Facebook.

« Peu de gens auront compté comme lui dans ma vie. […] Claude était un prof extraordinaire. Vous n’avez pas idée du nombre de personnes qui aiment la poésie ou même qui gardent une affection particulière pour elle, des années après le cégep. »

Le codirecteur artistique du Théâtre de Quartier, Louis-Dominique Lavigne, a côtoyé le poète, « altruiste et généreux », sur les bancs du collège Sainte-Marie et de l’UQAM.

Il m’avait offert un poster-poème publié par les Éditions Cul Q et intitulé Sirocco J’imagine Claude emporté par le vent. Celui des poètes porteurs d’enchantement.

Louis-Dominique Lavigne, codirecteur artistique du Théâtre de Quartier

La poète et romancière Élise Turcotte lui a aussi rendu un vibrant hommage sur Facebook, reflétant les sentiments de plusieurs poètes du Québec aujourd’hui.

« Ange bienveillant dès mes premières publications, compagnon de voyage et de soirées mémorables, messager de la poésie à travers le labyrinthe des villes, architecte de l’émotion, tu allais “dans la matière rêvant comme une émeute”, tu libérais “la blessure du silence”, curieux, insatiable et si drôle. Tu n’es pas mort. Tu es partout. »

Quelques incontournables

En un grand souffle noir, Écrits des Forges, 2019
L’autre voix, Écrits des Forges, 2011 
Black Billie, Le Castor astral, 2010
La blessure du silence, Écrits des Forges, 2009 
Lectures des éblouissements, Écrits des Forges, 2004
Le baroque du Nord, Les Herbes rouges, 2003 
Fureur de Mexico, Écrits des Forges, 1992 
Grand hôtel des étrangers, Écrits des Forges 1988