Sarah-Maude Beauchesne lance le 25 juin le deuxième roman de la série L’Académie : L’été d’après. Quant à Olivier Simard, il a publié le sixième tome de sa série Youtubeurs. Leur muse commune : l’adolescence. La Presse les a réunis – à deux mètres de distance – au parc Laurier, à Montréal.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

L’été d’après suit la troisième saison de la série télé L’Académie, présentée depuis avril sur Club Illico. Le nouveau roman commence juste après le bal des finissants de vos personnages. Avec la pandémie de COVID-19, les jeunes sont privés de bal cette année…

Sarah-Maude : Oui. C’était vraiment bizarre de sortir la série en pleine pandémie. Mais j’étais contente que les ados aient au moins le bal de mes trois héroïnes, pour le vivre à travers elles, du mieux qu’ils peuvent. Le bal de fin d’année, ce n’est pas juste une soirée où on s’habille bien. C’est un au revoir. C’est l’occasion de dire : « J’ai fini mon secondaire ! » C’est tellement difficile, le secondaire 5. Je me rappelle que même si j’avais de la facilité à l’école, j’ai rushé.

Olivier : Il n’y a pas juste les matières scolaires qui font partie du secondaire.

Sarah-Maude : Socialement, il faut s’organiser, savoir qui on est. On nous demande tellement rapidement : « Qu’est-ce que tu veux faire ? » Je trouve que la pression est si grande dans le deuxième cycle du secondaire qu’au bal, on se dit : « J’ai tout donné. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Sarah-Maude Beauchesne a fêté ses 30 ans en confinement. « Je vais toujours avoir les ados à cœur, mais j’aime penser que je suis capable d’écrire pour plus qu’une sorte de personne », observe-t-elle.

Pour Henri, 15 ans, le héros de Youtubeurs, le confinement semble idéal, puisqu’il permet de passer beaucoup de temps à créer du contenu. La pandémie a été moins difficile à vivre pour les ados qui aiment le gaming et YouTube ?

Olivier : Oui, ça a été moins difficile. C’est un contexte le fun pour les jeunes qui tripent là-dessus, mais je pense que ça peut aussi être problématique. Moi, j’ai juste un petit gars de 9 ans et, déjà, il faut qu’on le gère un peu avec les réseaux sociaux et tout… J’enseigne en sixième année du primaire et j’ai parlé à mes élèves. Il y a des parents qui me disent : « Ils sont désorganisés, ils sont beaucoup, beaucoup, beaucoup devant l’ordi. »

Dans L’été d’après, le personnage de Marie enterre son cellulaire. En confinement, elle aurait du mal à s’en priver sans se couper complètement du monde ?

Sarah-Maude : Le personnage de Marie enterre son téléphone parce qu’elle ne veut plus se comparer aux filles sur Instagram. Elle a un trouble alimentaire. Elle fait le constat que c’est super nocif pour elle de se comparer à des filles qui n’existent pas pour vrai… En ce moment, il y a juste ça à faire, se comparer et se dire : « Pourquoi ma vie n’est pas de même ? Pourquoi mon corps n’est pas de même ? Pourquoi ma peau n’est pas de même ? » C’est vraiment anxiogène. Moi, à 30 ans, j’ai encore de la misère avec ça.

Olivier : C’est fou, hein !

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« Dans Youtubeurs, le gars veut être cool, mais il reste un peu looser, dit Olivier Simard, qui aura 40 ans dans quelques jours. Même avec 1 million d’abonnés, il est encore un peu gauche. »

Olivier, vous avez été enseignant au secondaire et au primaire, et directeur de camp de jour ?

Olivier : Oui. La culture des jeunes, j’ai toujours trouvé ça vraiment le fun, super dynamique, sans complexe. Ce n’est pas snob. Les jeunes vont direct vers ce qu’ils aiment, avec le feeling.

Qu’est-ce que les adolescents d’aujourd’hui vous apprennent ?

Sarah-Maude : Deux choses marquantes. Premièrement, ils vivent les mêmes affaires que j’ai vécues à leur âge. Les mêmes angoisses, les mêmes inquiétudes, les mêmes insécurités. Même si les réseaux sociaux, c’est différent, même si la vie est différente, aimer et se faire aimer, c’est encore tellement important. Deuxièmement, ils sont vraiment woke. Ils sont ouverts et résilients. Ils sont tellement plus éveillés que moi quand j’étais ado, alors que j’ai été élevée de manière très ouverte.

Olivier : C’est intéressant, parce que c’est un vrai paradoxe. Il y a un hype autour de l’image, qui est hyper partout. D’un autre côté, les jeunes en sont conscients. À 13 ans, ils vont te parler d’image corporelle…

Dans L’été d’après, la « théorie de la brillance » d’Aminatou Sow et Ann Friedman est évoquée. Pourquoi ?

Sarah-Maude : C’est important pour moi. « When you shine, I shine ». Si tu brilles, ça ne veut pas dire que moi, je brille moins. Je peux briller aussi. Moi, j’ai longtemps eu de la difficulté à me faire des amies de fille, parce que je les voyais comme de la compétition, des rivales. S’il y en a une qui réussissait, pourquoi ça, moi, je ne réussissais pas ? Je n’ai pas beaucoup de regrets dans la vie, mais c’en est un : de ne pas avoir compris plus vite que les autres femmes étaient des alliées. Le lectorat de L’Académie, ça commence à 10 ans. S’il y a une petite fille de 10 ans qui peut se rentrer la théorie de la brillance dans la tête…

Le personnage de Marie dit : « Si j’ai déjà plus le droit de rêver à dix-sept ans, la vie va être longue longtemps. » Cet été, les ados peuvent-ils rêver ?

Sarah-Maude : L’été de mes 17 ans, moi, j’ai tout vécu. Je me suis donné le droit de tout essayer. Je surfe encore sur la vague de mes 17 ans ! Je suis triste de penser que le premier été où les jeunes peuvent tout apprendre, essayer, analyser, il va être vécu dans la retenue. J’espère qu’il va y avoir de nouvelles façons de vivre cet été et qu’ils vont se réinventer. Ils sont bons pour ça, ils sont résilients.

Les propos de Sarah-Maude Beauchesne et d’Olivier Simard ont été édités en raison d’un espace limité.

Premier été post-adolescence

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L’Académie, tome 2 : l’été d’après, texte de Sarah-Maude Beauchesne, illustrations de Maude Bergeron, Éditions de la Bagnole

C’est l’été qui suit la fin du secondaire pour Agathe, Marie et Wendy. Au fil de lettres et poèmes que ces amies écrivent (sans toujours les envoyer), on suit leurs questionnements, leurs réflexions et leurs projets. Les trois filles – presque – femmes sont complexes, comme l’est la vie à cet âge-là – et à tous les âges… C’est frais et estival, sans être vide de sens. À noter : ce livre, qui suit la troisième saison de la série télé L’Académie, est imprimé au Canada sur du papier 100 % recyclé. Cela plairait à l’écoanxieuse Marie.

L’Académie, tome 2 : l’été d’après. Texte de Sarah-Maude Beauchesne. Illustrations de Maude Bergeron. Éditions de la Bagnole. Dès 14 ans. Publication : 25 juin 2020

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Youtubeurs, tome 6 : instalove, d’Olivier Simard, Éditions de la Bagnole

Henri Bastien est désormais un youtubeur populaire, Henri OMG. Sa chambre est « carrément next level », avec du super matériel de tournage. Il rencontre une influenceuse, Alicia… mais ses meilleurs amis ne l’appellent plus. Rythmé comme une vidéo YouTube, rigolo et abondamment illustré, ce sixième tome de la série Youtubeur fait réfléchir, sans être lourd. C’est sur la coche, comme diraient les amis d’Henri.

Youtubeurs, tome 6 : instalove. Olivier Simard. Éditions de la Bagnole. Dès 12 ans. En librairie.