Pour tenter d’oublier le coronavirus, certains se servent des livres comme d’une sortie de secours vers de nouveaux univers. Pour qui a le temps et l’esprit disponible, ils s’avèrent salutaires, même si les Québécois privés de librairies et de bibliothèques physiques ont dû se rabattre vers la vente en ligne ou l’emprunt numérique. Vers quels titres se sont-ils orientés ? Nous avons essayé de prendre la température de ces lectures de confinés.

Sarrazin, Sylvain Sarrazin, Sylvain
La Presse

Admettons-le tout de go : les tendances décrites ici ne sont qu’un modeste échantillonnage, d’autant plus que bon nombre de lecteurs se sont probablement rués vers leur bibliothèque personnelle pour y puiser leurs lectures de confinement. Nous avons cependant sondé, pour l’ensemble du mois d’avril, les emprunts numériques dans les bibliothèques centrales des deux plus importantes villes du Québec, ainsi que les palmarès de vente des librairies indépendantes et des grandes chaînes locales, afin de cerner quelques penchants collectifs de lecture. Entre les exemplaires physiques achetés en ligne et les ventes ou emprunts numériques, en voici les grands traits.

Les chouchous québécois

  • Louise Penny, que l’on voit ici dans sa résidence de Knowlton, au Québec, figure parmi les auteurs les plus lus pendant la pandémie.

    PHOTO RENAUD PHILIPPE, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

    Louise Penny, que l’on voit ici dans sa résidence de Knowlton, au Québec, figure parmi les auteurs les plus lus pendant la pandémie.

  • Un homme meilleur, de Louise Penny, figure en tête des ventes de nombreuses plateformes. 

    IMAGE FOURNIE PAR FLAMMARION

    Un homme meilleur, de Louise Penny, figure en tête des ventes de nombreuses plateformes. 

  • David Goudreault a été très prisé durant le mois d’avril.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

    David Goudreault a été très prisé durant le mois d’avril.

  • Ta mort à moi, de David Goudreault

    IMAGE FOURNIE PAR STANKÉ

    Ta mort à moi, de David Goudreault

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Bien sûr, les amateurs de littérature ont plus que jamais continué à se tourner vers les auteurs d’ici. On note ainsi qu’Un homme meilleur, de Louise Penny, arrive en tête des ventes de la plateforme LesLibraires.ca (un réseau de librairies indépendantes du Québec), de celle de Renaud-Bray, et a été l’ouvrage numérique le plus emprunté à la bibliothèque de Québec.

David Goudreault (Ta mort à moi), Patrick Senécal (Ceux de là-bas) et Rose-Aimée Automne T. Morin (Il préférait les brûler, très emprunté par les Montréalais à la Grande Bibliothèque) se sont particulièrement bien vendus.

Des valeurs sûres internationales

  • Stephen King est également l’un des écrivains internationaux les plus lus par les Québécois.

    PHOTO STACEY CRAMP, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

    Stephen King est également l’un des écrivains internationaux les plus lus par les Québécois.

  • L’institut, de Stephen King

    IMAGE FOURNIE PAR ALBIN MICHEL

    L’institut, de Stephen King

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Oui, aller au-delà des frontières, avec un passeport littéraire, c’est permis ! Et les Québécois ne s’en sont pas privés, s’échappant vers L’institut, du maître Stephen King, un des romans les plus vendus en avril, toutes librairies confondues. D’autres noms récurrents dans les classements : Delia Owens (Là où chantent les écrevisses), Lisa Gardner ou encore Nora Roberts, qui a remporté la faveur des emprunteurs. Le Français Bernard Werber, lui, s’est illustré dans les ventes grand public avec La boîte de Pandore. Enfin, mention spéciale à Margaret Atwood, pour qui ventes et emprunts de La servante écarlate se sont maintenus.

Quand la pandémie se lit au lit

  • Après l’Europe, c’est au tour de l’Amérique du Nord de se tourner vers Albert Camus et son classique La peste.

    PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

    Après l’Europe, c’est au tour de l’Amérique du Nord de se tourner vers Albert Camus et son classique La peste.

  • La peste, d’Albert Camus

    IMAGE FOURNIE PAR FOLIO

    La peste, d’Albert Camus

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Après une petite enquête à la mi-mars, nous n’avions constaté aucune prise d’assaut sur les livres traitant de la thématique de l’épidémie, tendance alors observée en Europe. En avril, les Québécois ont retourné leur veste et ont fini par se ruer eux aussi sur La peste, le chef-d’œuvre d’Albert Camus. On le retrouve parmi les livres de poche les plus vendus tant chez Archambault que dans les librairies indépendantes, et ce fut l’un des titres les plus empruntés à Montréal et à Québec. Les rats de bibliothèques numériques montréalais ont aussi démontré un intérêt pour L’épidémie, d’Asa Ericsdotter, et pour Pandémie : roman, de Robin Cook. Il faut croire que certains n’ont pas encore atteint leur surdose de propagation virale…

Harry Potter, comme par magie !

  • J.K. Rowling, la créatrice de la série Harry Potter

    PHOTO JOEL C RYAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

    J.K. Rowling, la créatrice de la série Harry Potter

  • La série Harry Potter a connu un regain de succès, notamment grâce à l’ouverture de licences rendant disponibles un très grand nombre d’exemplaires.

    IMAGE FOURNIE PAR GALLIMARD

    La série Harry Potter a connu un regain de succès, notamment grâce à l’ouverture de licences rendant disponibles un très grand nombre d’exemplaires.

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En nous communiquant le palmarès des ouvrages les plus lus à la Grande Bibliothèque, Maryse Trudeau, directrice de la médiation documentaire et numérique à BAnQ, nous a prévenus que les types de licences, soit le nombre d’exemplaires empruntables à la fois, ont beaucoup faussé le classement. « En haut de la liste, ce sont forcément les titres dont les licences sont plus ouvertes et permettent plus de prêts simultanés », explique-t-elle. La plateforme Overdrive ayant offert des prêts illimités pour certains titres, cela explique pourquoi les tomes de la série Harry Potter ont connu une seconde jeunesse en monopolisant la tête du classement. Mais, mais, mais… on retrouve aussi le magicien dans les bonnes ventes des librairies indépendantes et d’Amazon. Prior incanta !

Toujours gaga des sagas

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Les ouvrages de Louise Tremblay d’Essiambre étaient, avant le confinement, très populaires auprès des lecteurs, surtout numériques. Un succès qui ne s’est pas démenti en ces temps de pandémie.

C’était déjà le cas avant la pandémie, mais les sagas historiques et sentimentales, québécoises ou étrangères, ont continué d’envoûter les lecteurs. Louise Tremblay d’Essiambre et Jean-Pierre Charland, notamment, ont poursuivi leur petit bonhomme de chemin d’emprunt, aux côtés des auteures anglophones Diana Quincy et Nora Roberts.

Mise à l’essai

PHOTO MARTIN BUREAU, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le consentement, de Vanessa Springora

Jetons maintenant un coup d’œil aux essais et autobiographies. C’est surtout sur les plateformes de vente que cela s’est joué : Le consentement, de Vanessa Springora, petite bombe littéraire de l’hiver, a continué sa déflagration dans la plupart des librairies, indépendantes ou non. On retrouve également, dans une moindre mesure, la populaire étude Sapiens : une brève histoire de l’humanité.

La littérature jeunesse en pleine forme

PHOTO YANN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

La littérature jeunesse, qui n’était pas très prisée dans sa version numérique, a soudainement connu un bond de popularité.

Maryse Trudeau, de BAnQ, a porté notre attention sur l’évolution des emprunts par catégories. Très clairement, il appert que la littérature jeunesse a connu un bond de géant, supplantant les autres genres en termes de progression, avec une hausse des prêts atteignant presque 300 % par rapport à la période prépandémie. « C’est phénoménal. Ça ne décollait pas du tout avant la crise. Les parents veulent que leurs enfants continuent à lire, même si l’expérience est différente de celle d’un livre physique », remarque-t-elle.

« Le livre jeunesse a toujours été le parent pauvre du livre numérique. Il ne suscitait pas vraiment d’attention, alors que là, tout à coup, le bond est vraiment impressionnant », constate aussi Jean-François Cusson, directeur de BiblioPresto, organisme qui gère la plateforme pretnumérique.ca, utilisée par les bibliothèques du Québec.

– Avec la collaboration d’Alexandre Vigneault, La Presse

Pour établir ces grandes lignes des lectures les plus prisées durant le confinement (nécessairement imparfaites, rappelons-le), nous avons recueilli et recoupé les palmarès des livres les plus empruntés en avril à la Grande Bibliothèque et à la Bibliothèque de Québec, ainsi que ceux des plus vendus, pour le même mois, auprès du réseau de librairies indépendantes Libraires.ca, des chaînes Archambault, Indigo, Renaud-Bray, Kobo et Kindle d’Amazon.