Dans Autopsie d’une femme plate, Marie-Renée Lavoie nous amenait à la rencontre de Diane, une femme dans la quarantaine qui se faisait larguer par son mari pour une femme plus jeune, après plus de 25 ans de mariage. Trois ans plus tard, l’autrice renoue avec l’univers de ce désopilant et attachant personnage avec Diane demande un recomptage, pour son plus grand plaisir… et le nôtre !

Iris Gagnon-Paradis
Iris Gagnon-Paradis La Presse

Publié en 2017, Autopsie d’une femme plate a connu un succès immédiat et s’est écoulé rapidement à 10 000 exemplaires (un livre est considéré comme un best-seller au Québec à partir de 3000 exemplaires), alors que les droits ont été vendus dans sept pays.

Depuis son premier roman, en 2010, La petite et le vieux, qui a valu à Marie-Renée Lavoie le Prix de la relève littéraire Archambault, c’est la première fois que l’autrice revisite un de ses personnages.

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Marie-Renée Lavoie, Diane demande un recomptage, XYZ, 280 pages

Pourquoi cette envie ? « D’abord, je me le faisais beaucoup demander, explique Mme Lavoie, qui était de passage à Montréal vendredi pour promouvoir son nouveau roman. Et puis, je m’étais un peu attachée au duo que Diane forme avec Claudine, sa meilleure amie, qui est mon personnage préféré, une femme forte, qui parle fort et n’a pas peur d’exprimer ses idées. Je me suis dit : pourquoi pas ! »

C’est avec un réel plaisir qu’elle a renoué avec son héroïne, qu’on retrouve un an après les faits relatés dans Autopsie d’une femme plate. Si le premier auscultait la rupture et le tsunami qu’elle provoque – le tout raconté sur un ton assez humoristique et léger, sous la plume vive et désopilante de Lavoie –, Diane demande un recomptage s’intéresse à l’après : une fois le deuil de la rupture consommé (ou presque), une fois que les enfants sont partis, que fait une femme de 48 ans à la liberté retrouvée ?

« À 48 ans, on est jeune, on peut encore tout recommencer ! C’est un univers fictif qui est ouvert, foisonnant et diversifié. C’est vraiment le fun à écrire ! », dit celle qui assume à 100 % le côté léger et bon vivant de ses romans.

Je suis beaucoup trop de bonne humeur dans la vie pour tomber dans le marasme ! C’est un livre qui fait du bien.

Marie-Renée Lavoie

Éloge de la femme ordinaire

Alors que son amie Claudine, entre deux verres de vin – la fameuse « solution temporaire » des deux amies pour mater la déprime –, tente de convaincre Diane que sa vie sexuelle et amoureuse n’est pas finie, l’héroïne, qui porte un regard à la fois lucide et sarcastique sur les situations dans lesquelles elle se retrouve, décide de retourner sur le marché du travail dans le service de garde d’une école primaire de son quartier, ce qui permet à Lavoie de peindre au passage l’hécatombe qui s’abat sur le système d’éducation, tout en se questionnant sur la possibilité de (se) plaire à nouveau.

« C’est quand même cruel, pour la femme de 50 ans, qui ne s’en sort pas bien comme l’homme du même âge. Il y a cette idée de la séduction, du besoin et du désir sexuel chez la femme de cet âge qui est encore tabou, presque sale, et que j’évoque dans le roman. »

À travers son récit, c’est véritablement l’éloge de la femme ordinaire que fait la romancière. Une femme parfaite dans son imperfection, forte, généreuse, aimante, qui ne trouve pas son salut dans les bras d’un homme, mais qui se libère peu à peu de l’idée qu’elle s’était faite d’elle-même grâce à un entourage tissé serré, composé de la famille et des amis.

99,9 % des femmes sont des femmes ordinaires, qui font au quotidien des choses extraordinaires !

Marie-Renée Lavoie

« C’est fou, le nombre de femmes qui arrivent à la fin de la quarantaine et se font laisser par un homme qui a besoin de “liberté” – la vie est beaucoup plus clichée que n’importe quelle fiction ! Après des années avec le même homme, à se dévouer à sa famille, le monde est un peu fermé autour d’elles », remarque l’autrice, évoquant la notion de « féminisme ordinaire ».

Limoilou, mon amour

Originaire du quartier populaire de Limoilou, à Québec, Marie-Renée Lavoie a dû quitter sa ville natale après avoir perdu son emploi d’enseignante en littérature au cégep Garneau. Catapultée à Montréal, elle y a fait son nid. Mais lorsque l’occasion s’est présentée, l’an dernier, de retourner à Garneau, elle a sauté sur l’occasion, après 18 ans passés dans la métropole.

L’univers fictif qu’elle déploie depuis 10 ans, lui, n’a jamais quitté Limoilou. C’est là qu’elle campe à peu près tous ses romans, tant ceux pour les adultes que ceux pour les enfants, dont Le dernier camelot, son dernier effort en littérature jeunesse, publié en 2018.

« J’ai un univers physique, une maquette qui s’ouvre devant moi quand j’écris, et c’est toujours Québec. Je suis dans les petites choses, dans l’intime. J’aurais bien de la misère à me situer à Berlin en 1838 ! », image celle qui partage son temps entre l’écriture et l’enseignement, en se retirant ponctuellement des classes le temps d’une session pour se consacrer à ses projets. Son prochain sera un roman de science-fiction pour adolescents, flirtant avec la dystopie et l’uchronie, annonce-t-elle.

Si elle a besoin de l’écriture, Marie-Renée Lavoie ne s’imagine pas abandonner l’enseignement pour autant. « J’ai besoin du quotidien, du vrai. C’est très confrontant, enseigner, mais j’ai l’impression que ça me garde groundée. Je ne sais pas si on peut se nourrir tout seul dans son chalet au bord du fleuve… Pas moi, en tout cas ! »

Diane demande un recomptage, de Marie-Renée Lavoie, XYZ, 280 pages