Comme le personnage de Hannah Horvath incarné par Lena Dunham dans la série Girls, Sally Rooney est « la voix de sa génération », ou tout au moins une voix importante chez les milléniaux qui sont au cœur de ses intrigues.

Nathalie Collard Nathalie Collard
La Presse

En fait, il faudrait préciser « certains milléniaux », car le groupe qui intéresse Rooney est celui duquel elle est issue : les jeunes artistes, intellos, pas super riches, mais pas complètement pauvres non plus.

Dans Conversations entre amis, son premier roman, l’écrivaine irlandaise de 28 ans traduit avec brio cette période de la vie où tout est en mouvement, où rien — ni l’avenir professionnel, ni les relations amoureuses, ni même la personnalité des personnages — n’est encore fixé.

L’histoire : celle de deux copines, Frances et Bobbi, qui font des performances dans des soirées de poésie et qui rencontrent un couple vaguement glamour et très magnétique. Elle est essayiste et photographe, il est un acteur un peu connu. Les destins de ces quatre personnages seront intimement liés.

À travers eux, et quelques personnages secondaires, Rooney aborde tout ce qui préoccupe sa génération : l’avenir économique et environnemental, le besoin de se définir à l’extérieur de la consommation à outrance, les relations amoureuses compliquées, le sexe sans lendemain, le cynisme, la solitude, l’impossibilité de communiquer dans une société hyper connectée.

Les dialogues de Rooney coulent de source, tout est dit finement, sans appuyer. Ce roman est une vraie réussite.

★★★½

Convesations entre amis, de Sally Rooney, traduit de l’anglais (Irlande) par Laetitia Devaux, Éditions de l’Olivier, 400 pages.