Après avoir raconté de jolie façon la naissance du sentiment amoureux entre deux amis inséparables dans L’allégorie des truites arc-en-ciel, Marie-Christine Chartier nous amène, avec Tout comme les tortues, à l’autre bout du spectre, dans les décombres d’un couple qui a vu ses fondations s’effondrer.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Depuis qu’elle est toute petite, Marie-Christine Chartier rêve d’écrire des histoires. Mais entre le sport — elle a consacré une grande partie de sa vie au tennis, où elle a atteint un haut niveau, obtenant notamment une bourse d’études dans une université américaine — et ses études, elle n’avait jamais eu vraiment le temps de s’y consacrer.

De retour au Québec après six ans d’exil américain, sa carrière de tennis désormais derrière elle, elle a pris la décision de se donner le temps de le faire… tout en poursuivant sa maîtrise en psychopédagogie.

« J’ai toujours rêvé d’écrire un roman. Je me disais qu’un jour, peut-être, je le ferais. Puis de retour ici, je me suis dit, pourquoi ne pas essayer pour vrai, question de voir si ça peut vraiment fonctionner. J’ai fait le saut et j’ai osé ! », raconte au bout du fil celle qui réside dans la ville de Québec.

Écrit alors qu’elle rédigeait simultanément son mémoire de maîtrise, L’allégorie des truites arc-en-ciel s’est révélé un pari réussi : ce roman à deux voix, relatant l’histoire de Cam et de Max, deux amis qui sont en fait un peu (beaucoup) plus que cela, s’est vendu à 6000 exemplaires, un succès puisque le chiffre magique pour être considéré comme un best-seller au Québec est de 3000 exemplaires vendus.

Je n’avais pas vraiment d’attente, mais je croyais à mon histoire. Ça a vraiment été une belle réaction du public, je suis choyée.

Marie-Christine Chartier

Mme Chartier dit avoir eu un « plaisir fou » à rencontrer les lecteurs au cours des différents salons du livre auxquels elle a participé.

Si son premier livre s’est écrit presque « tout seul », le processus a été un peu plus long pour Tout comme les tortues. Gardant la même forme que le premier, soit une alternance de narrateur de chapitre en chapitre, ce deuxième roman introduit aux voix de Samuel et d’Ariane, un ancien couple, celle d’Anaïs, la nouvelle copine de Samuel.

« Il y avait une certaine complexité dans le fait d’avoir trois personnages plutôt que deux, et j’ai eu quelques hésitations en cours de processus. Aussi, c’est un livre qui nous amène dans des places plus tristes, dans les déchirures que la vie nous amène parfois, et je voulais vraiment bien faire ressentir ces émotions-là », détaille-t-elle.

Pourquoi reprendre cette même forme narrative ? « J’aime écrire de cette façon ; avec un seul narrateur, on n’a toujours qu’un côté de l’histoire. Ainsi, je peux donner au lecteur accès à toutes les émotions et pensées des personnages. »

Apprendre à vivre sans l’autre

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS HURTUBISE

Tout comme les tortues, de Marie-Christine Chartier

Tout comme les tortues — oui, encore une métaphore animale, un titre qui s’est imposé devant un premier qui ne la satisfaisait pas — nous amène sur les traces de Samuel et d’Ariane. Ils sont amis depuis toujours, amoureux depuis très longtemps, ne savent pas vivre l’un sans l’autre.

Mais une faille, dont l’origine nous est d’abord inconnue, est venue rompre l’équilibre et leur couple à la dérive a fini par imploser. Nous les retrouvons un an après leur rupture, alors qu’Ariane revient d’un long voyage en Amérique du Sud et que Samuel a trouvé refuge dans les bras d’Anaïs, qu’il apprécie sans savoir l’aimer, l’ombre d’Ariane, et de leur échec, planant sur son couple.

Un personnage plus secondaire, mais révélateur, puisqu’il permet de donner du relief à l’histoire d’Ariane et de Samuel, et aussi de montrer un côté plus sombre de ce dernier. « Je pense que tout le monde a été l’Anaïs de quelqu’un une fois dans sa vie ; une personne qui donne tout d’elle-même, en sachant qu’elle n’en retirera probablement pas grand-chose. »

À travers l’histoire de leurs retrouvailles, ponctuée de retours dans le passé qui révèlent peu à peu le drame qui les a secoués, Chartier ausculte comment l’amour ne peut pas toujours faire foi de tout. « On peut s’aimer, mais parfois, les circonstances de la vie vont secouer les bases du couple, briser la confiance », note-t-elle.

Tout comme dans son premier roman, l’amitié qui unit deux êtres, envers et contre tout, émerge comme une thématique centrale de Tout comme les tortues. « On dirait que c’est plus fort que moi, cette idée d’amitié profonde qui transcende le reste. Avec ce roman, je discute aussi du fait qu’on peut s’aimer encore, mais pas de la même façon ; que l’amour peut se métamorphoser et évoluer, mais que ça ne veut pas dire qu’il est perdu. »

Alors qu’elle poursuit son doctorat — elle s’intéresse à la sous-représentation des femmes côté leadership dans le monde sportif —, elle mijote ses prochaines histoires… d’amour. « J’aime ça, écrire des histoires d’amour et en raconter. J’ose espérer que je peux parler des mêmes sujets en renouvelant la façon dont j’aborde les thèmes qui me sont chers. »