Il y a bien sûr la controverse. Dont tout le monde parle en France depuis la fin du mois d’août. Les accusations de mensonge. Les révélations sur le passé antisémite de l’auteur. Le mea culpa de ce dernier, dans une émission de télé bien connue.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

L’affaire Yann Moix est venue mettre un peu de sel en cette rentrée littéraire par ailleurs bien achalandée. Mais à force de débattre sur la moralité et les erreurs de jeunesse de l’écrivain polémiste, on a fini par oublier son nouveau roman, qui semblait pourtant promis à un bel avenir.

Les ventes en librairie seraient nettement en deçà des attentes. Et le livre ne sera pas candidat au prix Goncourt, comme certains le lui avaient prédit.

Le président de l’Académie Goncourt, Bernard Pivot, s’en est expliqué mardi : Orléans est désormais trop teinté pour mériter un tel honneur. Au Goncourt, on ne voulait visiblement pas être coupable par association.

Orléans aurait-il mérité mieux ?

Ne lui nions pas, en tout cas, ses qualités littéraires.

Yann Moix livre un récit à la fois sombre et lumineux, qui prend aux tripes dès les premières pages. Il est question de son enfance d’enfant battu. Des insultes que lui lançait sa mère. Des raclées et des tortures que lui infligeait son père.

Les scènes, d’une grande violence physique et psychologique, se suivent à un rythme infernal. On le maltraite, on l’humilie, on l’abandonne dans la forêt, on lui fait manger ses excréments.

L’enfant encaisse et se réfugie dans les livres. S’invente un monde en marge de la vie familiale, dans la chambre qui lui tient lieu d’univers.

IMAGE FOURNIE PAR GRASSET

Orléans, de Yann Moix 

Fasciné par les mots, les lettres, il grandit en découvrant André Gide, Jean-Paul Sartre, Jules Supervielle. Écrit à son tour pour sublimer sa (douloureuse) réalité. Où la souffrance et les pulsions de mort côtoient le désir de vivre — ardemment — sous le ciel bleu sale d’une ville qui se tait.

En ce sens, Orléans n’est pas tant le récit d’un martyr que celui de la naissance d’un écrivain. D’un jeune garçon qui trouve dans la littérature sa planche de salut. Et s’y engouffre corps et âme pour éviter de crever.

Ce que Yann Moix raconte est-il vrai ? Orléans est-il un roman ou une autobiographie ? Telle est la question, pour l’instant sans réponse. Le frère et le père de l’auteur sont montés au créneau pour dénoncer un « tissu de mensonges ». Selon eux, Yann Moix n’aurait pas été la victime, mais plutôt le bourreau.

Au-delà des conflits familiaux, on sait en revanche qu’Orléans est le fruit d’un vrai travail d’écriture. Qu’il est porté par un style précis, aussi polaire qu’incandescent. Qu’il est ponctué de nombreux temps forts. Et se tient très bien debout, même si la seconde partie, qui se passe à l’école et non à la maison, est plus soutenable et forcément moins prenante que la première.

C’est bien pour ça qu’on plaint Yann Moix. Il avait tout pour « goncourir ». Mais la polémique — un art auquel, ironiquement, il excelle lui-même — a cette fois eu raison de son talent. Beau gâchis.

★★★½ Orléans. Yann Moix. Grasset, 261 pages.