Quelques suggestions de bandes dessinées à découvrir.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Tati a un fusil

La bédéiste anglaise Posy Simmonds (Gemma Bovery, Tamara Drewe) est passée maître dans l’art de créer des personnages d’une parfaite imperfection.

Elle remet ça avec Cassandra Darke, une femme odieuse, chiche et aigrie, qui cultive son fiel dans sa villa cossue de Londres.

Un jour, toute la vie de ce Scrooge des temps modernes part en vrille. Elle a commis, sans aucun remords, quelques fraudes qui mettent sa carrière de galeriste en péril.

Elle reçoit d’étranges menaces par texto. Pire, sa nièce est partie en lui laissant sur les bras un fusil bien encombrant…

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Cassandra Darke, de Posy Simmons

Un album délicieux, à mi-chemin entre la BD et le roman illustré, porté par des dessins d’une grande élégance. Un succès immense au Royaume-Uni. On comprend pourquoi.

★★★★ Cassandra Darke. Posy Simmonds. Denoël Graphic. 94 pages.

Larssinet nous manquait

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Le retour à la terre, tome 6, de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Les (nombreux) amoureux de cette série humoristique n’y croyaient plus, et pourtant : après une pause de plus de 10 ans, Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet reviennent avec un sixième tome du Retour à la terre.

On y retrouve Manu Larssinet, englué dans la rédaction de sa série Plast (un clin d’œil à Blast), au point de ne pas remarquer la grossesse avancée de Mariette.

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Le retour à la terre, tome 6, de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Ce second rendez-vous avec la paternité plonge ce grand anxieux dans les affres du doute. Pendant ce temps, aux Ravenelles, la vie suit son cours, si ce n’est la Mortemont qui a désormais un téléphone portable et inonde son voisin d’émoticônes abscons.

On retrouve ici toute la drôlerie et la tendresse du scénariste Ferri ainsi que le dessin tout simple, mais néanmoins poétique, de Larcenet. Du bonbon.

★★★★ Le retour à la terre, tome 6. Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet. Dargaud. 48 pages.

Bleu mélancolie

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Courtes distances, de Joff Winterhart

D’emblée, un aveu : cet album du Britannique Joff Winterhart nous était passé sous le nez à sa parution, il y a plus d’un an.

Toutefois, le prix Bédélys du meilleur album étranger, qu’il a remporté au dernier Festival BD de Montréal, a piqué notre curiosité. LE meilleur album au monde, dans une année 2018 riche en titres de qualité ?

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Courtes distances, de Joff Winterhart

Et alors, qu’en est-il ? Courtes distances est en effet un album très réussi. Avec ses dessins à l’encre bleue, Winterhart réussit à dépeindre avec beaucoup de sensibilité le quotidien banal de deux âmes esseulées, en s’attardant sur les visages de Sam, un adulescent dépressif, et de Keith, quinquagénaire en quête d’amour.

Un bémol, toutefois : la traduction est parfois laborieuse.

★★★½ Courtes distances. Joff Winterhart. Éditions çà et là. 128 pages.

Polar d’ici, BD d’ailleurs

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Sous la surface de Michaud, Dominici, Gihef

L’auteur québécois Martin Michaud cartonne avec ses romans policiers, notamment ceux mettant en vedette l’inspecteur Victor Lessard.

L’un de ses polars, Sous la surface, vient d’être adapté par deux bédéistes européens. Or, l’intrigue est touffue (deux histoires que 25 années séparent et qui culminent le jour du super mardi électoral aux États-Unis), et il a fallu élaguer pour faire tenir le texte dans des cases.

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Sous la surface de Michaud, Dominici, Gihef

Du coup, on se perd parfois dans ce qui s’annonce comme un complot complexe sur fond de politique américaine.

Le dessin très (trop ?) réaliste de Marco Dominici ne nous a pas convaincue. Pour découvrir en phylactères cette œuvre de Michaud, mais sans plus.

★★½ Sous la surface. Michaud, Dominici, Gihef. Éditions Kennes. 56 pages.

Autres sorties

Buscavidas

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Buscavidas, de Carlos Trillo et Alberto Breccia

Publié au début des années 80, ce grand classique de la BD argentine nous revient chez Rackam éditions dans une édition revue et augmentée de plusieurs ébauches inédites.

À ne rater sous aucun prétexte, pour les histoires glaçantes de Carlos Trillo et toute la maestria dessinée d’Alberto Breccia.

Sabrina

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Sabrina, de Nick Drnaso

Nommée pour le prestigieux Man Booker Prize (une première pour une BD) en 2018, Sabrina de l’Américain Nick Drnaso arrive enfin au Québec dans sa traduction française, chez Presque Lune.

C’est l’occasion de découvrir une œuvre qui remue, qui dérange même, où il est question d’une jeune femme disparue et de ceux qui sont, du coup, laissés dans le flou.

Un album immense.

Le Festival des corbeaux

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Le festival des corbeaux, de Philippe Shewchenko

Bel objet que cet album paru récemment chez l’éditeur montréalais indépendant Trip.

Philippe Shewchenko y va d’un récit onirique, sans texte aucun, porté par des dessins singuliers, qui laisse présager de bien belles choses pour l’avenir.

Un auteur qu’on suivra avec intérêt.