En janvier 2019, Phil Roy s’ouvrait pour la première fois, à l’occasion de la journée Bell Cause, au sujet des crises de panique qui l’ont souvent foudroyé. Il se retrouvait quelques mois plus tard devant les élèves d’une polyvalente, à parler de ce sujet sérieux. « Tout le long, je me disais : “Maudit qu’ils s’emmerdent. Ça ne rit pas. Je suis plate.” »

Publié le 19 février
Dominic Tardif
Dominic Tardif La Presse

Mais au terme de cet exercice pour lequel il ne croyait pas avoir ce qu’il faut – « pour moi, un conférencier, c’est Bernard Voyer qui vient te raconter comment il a gravi l’Everest » –, l’humoriste devait se rendre à l’évidence : si les élèves étaient demeurés en silence, c’est qu’ils étaient suspendus à ses lèvres. « Et c’est comme ça que je me suis rendu compte que la vérité est non seulement intéressante, elle est essentielle. »

C’est avec ce précieux apprentissage en poche que Phil Roy est retourné à sa table de travail afin de terminer l’écriture de son deuxième spectacle, Philou, qui devait d’abord s’inscrire dans la lignée directe de Monsieur, son premier solo indéniablement efficace, mais souvent léger, qu’il a présenté 250 fois.

Phil évoque un numéro, qu’il a depuis écarté, dans lequel il observe que de nouer de nouvelles amitiés à 30 ans n’est pas aussi aisé qu’à 6 ans. « Le numéro fonctionnait très bien, mais ça n’avait aucun lien avec ce que je vivais. J’ai fini par me dire : “Tant qu’à parler d’amitié, pourquoi je ne parle pas de mes vrais amis qui sont importants dans ma vie ?” »

La famille

Cette envie d’abolir le fossé entre le Phil de la scène et celui du quotidien aura également été canalisée par un évènement majeur : l’arrivée de son premier enfant, une fille, née le 24 décembre dernier. Philou se déploiera ainsi, au sens large, autour du thème de la famille : celle que l’on choisit, celle avec laquelle on grandit et avec laquelle il faut faire la paix, et celle que l’on rêve de bâtir, malgré l’angoisse que génère la parentalité. Il soupire, comme attendri par ses propres réflexes : « Je la voyais venir, l’angoisse, et je me rends compte que c’est encore pire que ce que j’imaginais. Combien de fois par jour je vais mettre ma main sur ma fille juste pour être sûr qu’elle respire encore ? »

Afin de s’astreindre à un fil conducteur cohérent et de consolider « l’efficacité de son récit », l’animateur de Qui sait chanter ? a d’ailleurs fait appel, à la mise en scène, à la femme de théâtre Pascale Renaud-Hébert. « Le but dans l’écriture de Monsieur, c’était d’aller chercher un maximum de rires. Dans Philou, il y a des moments qui ne sont pas drôles, mais qui sont encore plus importants, plus frappants que les moments où ça rit en mode mitraillette. » Rire peut-être un tout petit peu moins fréquemment, donc, mais rire mieux, plus profondément.

S’il y a des moments qui peuvent avoir l’air lourds, c’est pour nous amener à un rire différent, un rire de soulagement, que je n’avais jamais vécu comme artiste. C’est un rire aussi tripant, mais qui veut dire autre chose.

Phil Roy

Vie et mort du roi des ados

Il le dit lui-même : en obtenant son diplôme de l’École nationale de l’humour en 2011, Phil Roy est rapidement devenu le « gros de service » – il en témoignait avec sensibilité l’an dernier au micro de la balado Tout le monde s’haït.

« À l’École de l’humour, on nous répète : “Prenez le temps de trouver votre comique.” Mais le plus souvent, ce qui arrive, c’est que ton personnage comique t’est imposé de l’extérieur. Le gros de service, je l’ai fait en masse et il a fallu que je m’en détache. » S’en détacher pour revêtir sa deuxième peau : celle de l’éternel ado.

Une image largement attribuable à sa propension à porter des casquettes, et qui correspond de moins en moins à ce qu’il est en réalité, à mesure que le temps fait son œuvre. Sans trop s’illusionner – son ami Louis-José Houde est encore régulièrement dépeint en inintelligible moulin à paroles alors que son débit n’a plus rien de rapide depuis des années –, Phil Roy, 33 ans, ne serait pas triste qu’on reconnaisse en lui autre chose qu’un homme-enfant.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Phil Roy, sans casquette

Mon désir avec ce show-là, c’est de montrer à ceux qui n’ont pas aimé le king des ados de Monsieur que je ne suis pas que ça, que le marketing autour de l’affaire, ce n’est pas moi qui l’ai voulu.

Phil Roy

Dans Philou, Phil Roy disserte sur ce que l’intérieur du chez-soi de quelqu’un révèle à propos de son passé, de ses valeurs, voire de sa vie intérieure. Qu’est-ce que l’intérieur de son domicile nous révélerait aujourd’hui à son sujet ?

« Que j’essaie énormément d’évoluer. Ma collection de snowboards est encore accrochée aux murs, mais elle a rapetissé. Je n’ai plus mon vieux divan que je traînais d’appart en appart. » Il rit doucement, pendant que derrière, sa fille émet de petits couinements mignons de poupon. « Depuis qu’elle est née, on a de la visite pour la première fois depuis longtemps. Et quand les gens rentrent, la première affaire qu’ils disent, c’est : “Ah, le divan bleu n’est plus là ! C’est super beau !” » Se délester, c’est provoquer de nouvelles occasions de s’émerveiller.

Philou, le 16 mars à l’Olympia de Montréal

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