Natoo, c’est la youtubeuse la plus populaire de France : sa chaîne compte plus de 5 millions d’abonnés. L’humoriste publie le deuxième tome d’Icônne, une parodie de magazine féminin en temps de pandémie, aux éditions Michel Lafon.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

On y trouve des tests (êtes-vous « plutôt U2, mytho ou metoo ? »), des conseils d’épilation (au sabre laser qui tranche les jambes, réglant le problème des poils) et un dossier sur l’exploration d’immeuble (« Les vacances à l’étranger, c’est dépassé ! », selon Icônne).

Le premier numéro d’Icônne, publié il y a cinq ans, s’est écoulé à 300 000 exemplaires — un énorme succès, selon les éditions Michel Lafon. « Je suis ravie du deuxième Icônne, parce qu’il est un peu plus mature, dit Natoo, jointe par visioconférence en banlieue parisienne. J’aborde des sujets plus sérieux, comme le mouvement metoo, l’écologie et le tabou des règles. »

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Extrait d’Icônne, tome 2, de Natoo, éditions Michel Lafon

De policière à youtubeuse

C’est toujours fait avec humour. Natoo, de son vrai nom Nathalie Odzierejko, est née en février 1985 à Paris. Sa mère, d’origine polonaise, l’a élevée seule. « Comme beaucoup d’enfants ou d’ados, j’adorais faire rire mes amis et ma famille, me déguiser et faire des mini-spectacles, dit Natoo, vêtue d’un lainage à grosses mailles. Mais je ne me suis jamais dit : “Je vais devenir comédienne”. Pour moi, c’était quelque chose d’inatteignable. »

C’est alors qu’elle était policière en brigade de nuit que Nathalie Odzierejko a lancé sa chaîne YouTube — cela fera 10 ans en mars.

J’ai commencé pour faire rigoler mes potes et surtout pour moi. Je trouvais ça drôle de créer des choses, d’écrire mes textes, de les filmer et d’avoir un avis du public en les mettant en ligne.

Natoo

Je sais pas danser, sa vidéo vue 43 millions de fois, est un clip très léché et coloré, tourné dans une boîte de nuit. Puérile et vulgaire, La chanson des licornes, vue 27 millions de fois, a tout pour plaire aux ados. Mais Natoo a d’autres facettes : avec l’hilarant sketch Les règles (21 millions de vues), elle fait œuvre utile.

Rire jaune

Dans Icônne, on trouve une fausse publicité de Neutrojeunâge, une crème antirides pour les 8 à 12 ans. Le texte fait rire jaune : « 100 % des rides inexistantes sont estompées ».

« Souvent, dans les publicités pour les crèmes antirides, les femmes sont complètement photoshoppées ou alors elles sont plutôt jeunes, observe Natoo. C’est absurde. Je préfère en rire que m’énerver. »

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Extrait d’Icônne, tome 2, de Natoo, éditions Michel Lafon

Téton interdit

Un jeu publié dans le faux magazine est moins léger qu’il n’en a l’air. Vingt photos de mamelons en gros plan sont publiées. Le jeu consiste à identifier lequel de ces tétons est féminin, et donc interdit… « Il nous semble essentiel de censurer ces visuels extrêmement traumatisants de toute urgence, on verra plus tard pour les contenus racistes, homophobes et autres incitations à la haine et à la violence », ironise Icônne.

« Sur Instagram, j’ai vu plein de femmes qui postaient des photos où elles allaitent leur bébé, dit Natoo. Il n’y a rien de plus naturel et beau, mais c’est tout de suite censuré, les photos sont supprimées. Alors que des fois, des gens m’écrivent des horreurs. Ces messages viennent de comptes avec des posts et des vidéos racistes, grossophobes, homophobes ; c’est affreux. Il est beaucoup plus compliqué de supprimer ces comptes que des tétons de femmes. Il y a quelque chose qui n’est pas logique. »

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Icônne, tome 2, de Natoo, éditions Michel Lafon

Aujourd’hui, les femmes ont accès à d’autres modèles par l’entremise des réseaux sociaux. « Sur Instagram, il n’y a pas que des filles parfaites des magazines, il y a des filles qui montrent leurs — entre guillemets — défauts, souligne Natoo. Ce ne sont pas des défauts, c’est juste la vraie vie. Il y a des filles plus rondes, qui montrent leurs vergetures ou leur ventre après accouchement. Moi-même, à vrai dire, je ne savais pas à quoi ça ressemblait, un ventre après un accouchement… On voit la vraie vie, plein de filles variées et on a plus de facilité à s’identifier. C’est cool. »